TO ROCOCO ROT





“KOSMISCHE MUSIK” LES PIEDS SUR TERRE L’ex-Allemagne de l’Est des frères Lippok qui fraie avec l’ouest industriel de Stephan Schneider, et sa capitale kraftwerkienne Düsseldorf, livrent « Speculation », neuvième parution de To Rococco Rot en pleine adolescence. 15 ans, mais pas de crise. Si de nombreuses reviews annoncent l’album célébrant l’incertitude, c’est plutôt la précision et […]

“KOSMISCHE MUSIK” LES PIEDS SUR TERRE
L’ex-Allemagne de l’Est des frères Lippok qui fraie avec l’ouest industriel de Stephan Schneider, et sa capitale kraftwerkienne Düsseldorf, livrent « Speculation », neuvième parution de To Rococco Rot en pleine adolescence.

15 ans, mais pas de crise.

Si de nombreuses reviews annoncent l’album célébrant l’incertitude, c’est plutôt la précision et le contrôle qui marquent ce nouvel album, longue nappe circulaire et lysergique qui répond à la formule du groupe: l’union heureuse du digital et de l’acoustique.

Berlin 1995 : La colonisation sauvage de l’Est berlinois tient sa vitesse expansive de croisière. Les clubs illégaux émergent chaque jour et avec eux une émulation artistique et musicale, riche et sans brides. Une friche qui à l’image de la ville se construit ou se reconstruit sur les vestiges du Krautrock et annonce les promesses de décennies faites d’expérimentations électroniques, aussi bien que de cette conjugaison des machines et des instruments. Une conjugaison dont To Rococo Rot incarne alors le prolongement de l’exploration de l’une, et pas la moindre, des voies engagées par la musique contemporaine.

Voilà bien l’une des positives, inattendues et définitivement essentielles conséquences de la chute du Mur…

Musique carrefour, jonction d’influences, les ascendances de To Rococo Rot sont évidentes, même si originellement le groupe se forme sans direction musicale déterminée et sans objectif autre que celui de produire une musique à la ligne exclusivement instrumentale.

«Speculation» offre une vue générique et synthétisée de la route tracée par le trio. Le désormais classique jeu de basse lancinant, rythmique et mélancolique de Schneider sur les titres « Away », « Working Against Time » et « Horses ». Louable descendance des premiers New Order aux aspirations encore Post-punk. Un jeu que Schneider a rôdé chez To Rococo Rot, mais également chez Kreidler dont il fut l’un des membres fondateurs et avec lesquels il publia le mémorable titre « Reflections » sur le non moins mémorable album « Week-end » paru en 1996.

Les affinités expérimentales sur les très warpiens « No Way To Prepare » et « Face It » qui rappellent l’orfèvrerie sonore complexe et minutieuse d’Autechre. Et la répétitivité : non sans référence directe au Krautrock, celui de Neu! tout autant que celui de Faust dont l’intervention sur « Speculation» dépasse la simple citation puisque l’album a été enregistré dans le studio des légendaires Faust sous l’aile avisée de Jochen Irmler qui habille d’une ligne d’orgue le titre Friday, d’ailleurs fraîchement remixé par Schakleton, référence Dubstep s’il en est.

C’est pourtant sans suivisme ni désagréable pastiche que le groupe développe un cadre musical qui, s’il confond les genres et se joue des frontières, reste proprement identifiable. Musique qui caresse tout en ne cédant jamais à une Pop mièvre et suintante, la caresse est profonde et ménage le centre émotionnel.

L’habileté, la retenue, l’élégance, la densité tout autant que le minimalisme signent les dix titres de «Speculation», boucle hypnotique qui rencontre parfaitement le nom du groupe, palindrome symbolisant cette circularité infinie, grande constante de To Rococo RoT.