SONORE VOUS AVEZ DIT SONORE?





Bakirinosu, Doddodo, Oorutaichi, qui se sont déjà produits sur la scène du Bourg et Kokusyoku Sumire à découvrir au mois d’avril ont cela de commun d’avoir tous été programmés en collaboration avec le label Sonore, fondé par Frank Stofer à la fin des années 90. Plus qu’un simple label, Sonore est une passionnante agence culturelle spécialisée dans la création contemporaine indépendante japonaise, allant des arts médias à la musique […]

Bakirinosu, Doddodo, Oorutaichi, qui se sont déjà produits sur la scène du Bourg et Kokusyoku Sumire à découvrir au mois d’avril ont cela de commun d’avoir tous été programmés en collaboration avec le label Sonore, fondé par Frank Stofer à la fin des années 90. Plus qu’un simple label, Sonore est une passionnante agence culturelle spécialisée dans la création contemporaine indépendante japonaise, allant des arts médias à la musique électronique, et qui édite également des disques et des livres.

Depuis ses débuts, Sonore a pour vocation de faire découvrir et diffuser, parallèlement en Europe et au Japon, cette richesse créative qui souffre encore trop souvent de préjugés de notre part, tant notre vision est déformée par un manque total d’informations. Cette scène, que l’on considère souvent comme disloquée et qui est davantage la projection d’un fantasme européen, mérite qu’on lui rende justice, afin de dissiper ses fumées exotiques.

C’est donc en véritable médiateur que se positionne Sonore, et afin de mieux servir sa cause, et de ne pas être un simple observateur illuminé de cette scène, Frank Stofer s’est naturellement installé à Tokyo, à l’épicentre même de ce déferlement créatif.

Comme l’explique ce Français d’origine, l’histoire de cette scène musicale est relativement jeune. Le schisme entre musique traditionnelle et contemporaine s’est fait il y a à peine cent ans. Deux réactions encore perceptibles aujourd’hui ont lieu, soit les Européens considèrent la musique moderne japonaise comme une pâle imitation occidentale, soit les Japonais nourrissent un complexe d’infériorité vis-à-vis de la musique occidentale. Or cela n’est pas exact, tant lejeu des influences est subtile et transversal. Déjà dans les années 60/70 beaucoup ont dépassé cette vision dichotomique Orient/Occident. Comme l’explique Frank Stofer, si John Cage a influencé la musique expérimentale japonaise, il s’est lui même nourri de la philosophie orientale et du Bouddhisme Zen. Et si les créateurs de musiques pour jeux vidéos sont essentiellement japonais, Eric Satie est souvent cité comme source d’influence. Que l’on soit Japonais ou Européens d’origine, Sonore souhaite donc témoigner et valider, à travers ce magnifique travail de médiation, la force et l’originalité de ces artistes japonaises et japonais.

Frank Stofer décrit cette scène comme un grand « cercle artistique », le centre étant représenté par les courants les plus introvertis et nihilistes et la circonférence par une manne plus ouverte et populaire. Ce qui relève du particularisme, c’est qu’au Japon, beaucoup d’artistes n’ont aucune difficulté à naviguer à l’intérieur de ce cercle, dans un mouvement de va et vient entre ces deux extrêmes, chose assez difficilement concevable en Europe, tant les artistes s’attachent à faire un travail « en profondeur », sans grande souplesse. C’est un des grand malentendu vis-à-vis de la création nippone. Bien souvent, nous considérons cette scène comme trop superficielle ou légère.

Aussi, si les trentenaires de parts et d’autres partagent en commun certaines références culturelles tels Goldorak, Candy ou Pacman, et si de nos jours, notamment grâce à la démocratisation de la musique et aux mass medias, il n’y a plus tant de problèmes à recevoir ou à intégrer une autre culture, tout le travail de Sonore prend son sens ici.

En effet, cette ouverture d’esprit, cette ouverture à l’autre, impensable par le passé, fait qu’aujourd’hui il est possible de faire découvrir cette culture indépendante japonaise, complexe et subtile, en essayant de ne pas la limiter aux seuls éléments sociaux-culturels que nous avons intégrés (tel que le cosplay déguisement en personnages de dessins animés), trop souvent au détriment de sa force artistique.

Nous avons toutes et tous du chemin à faire : prendre de la distance sur nos a priori et penser la création japonaise autrement qu’en termes de « barré, loufoque, tordu » ou en opposant celle-ci aux binômes « Orient/Occident » et « tradition/modernité ».

Kokusyoku Sumire (voir article ci-dessus) sera sur la scène du Bourg le 20 avril, voilà une belle opportunité de se débarrasser de ses préjugés.