Soirée de soutien à Phictiv, Label de l’association Imploz





Bienvenue dans l’enfer transitoire ou le Purgatoire de l’ère numérique La fin de la décennie 00 aura vu l’industrie de la musique (entre autre le secteur du vinyl de musique électronique) essuyer une succession de profonds revers face aux nouveaux supports digitaux, et face à cette paradoxale plate-forme qui les porte: Internet. Ironique, si l’on […]

Bienvenue dans l’enfer transitoire ou le Purgatoire de l’ère numérique

La fin de la décennie 00 aura vu l’industrie de la musique (entre autre le secteur du vinyl de musique électronique) essuyer une succession de profonds revers face aux nouveaux supports digitaux, et face à cette paradoxale plate-forme qui les porte: Internet.
Ironique, si l’on pense que c’est cette même scène qui a assuré un rôle non négligeable dans la survie de la production de la galette noire durant ces 25 dernières années.
Si les supports numériques représentent une indiscutable avancée démocratique dans l’accessibilité (légale ou non), comme dans la visibilité des artistes et labels indépendants isolés des grandes majors, ils ont provoqué un nerveux flottement dans les stratégies de réorientation (ou plutôt par leur absence) de l’industrie musicale.
Un flottement qui a eu pour conséquence la faillite successive de plusieurs distributeurs de vinyls, laissant dans un sérieux embarras de nombreux labels.
Aspiré dans le sillage cataclysmique de ces nouveaux formats comme le MP3, qui ont enterré sur leur passage de nombreux secteurs pour en ouvrir, certes, d’autres, Phictiv a subi les désagréables conséquences de cette révolution digitale, probablement mal anticipée, ou dont la
force de frappe a été trop longtemps méprisée par le monde de la distribution.
Attentif à l’énergie, à la créativité et au travail majoritairement «sans compter» des petits labels, le Bourg, qui collabore principalement avec ceux-ci, ouvre logiquement ses portes à Phictiv, label de l’association veveysanne Imploz, le temps d’une soirée de soutien.

Dès 1993 et durant les quinze années qui suivirent, Neuton, basé dans la très financière Francfort, campe dans le peloton de tête européen des distributeurs de vinyls spécialisés en musique électronique. 15’000 entrées dans son catalogue, 13 employés, et plus de 65 millions d’euros de ventes durant ses quinze années de solvabilité. Le distributeur compte, pour ne citer que quelques-uns de ses plus gras clients et partenaires : Perlon, Four Twenty, Tresor ou encore Planet E.

A l’automne 2008, la rumeur enfle jusqu’à l’annonce officielle, début décembre, de l’insolvabilité de Neuton. Une banqueroute qui suit de près celle des distributeurs anglais d’Amato et Intergroove, ainsi que celle des Japonais de Cisco.
Si les puristes du vinyl, par opposition aux djs software, subissent en aval la crise de ce marché, on pense moins spontanément, en amont, au très concret manque à gagner des labels.
De plus, si la faute doit être imputée principalement aux formats digitaux, comme le MP3, moins onéreux, et plus accessible (légalement ou illégalement) en regard des pressages en vinyl plus coûteux et aux tirages souvent limités, difficile de conscientiser les foules…

Et enfin, si dans l’absolu le principe de la gratuité et du partage est idéal, il souffre aussi des limites de n’importe quelle image d’Epinal, son inadéquation avec le réel, celui du système d’échange dans lequel nos sociétés évoluent, fondé sur des considérations économiques assurant la survie.

Au fond, il est également compliqué de rentrer dans ce débat sans y investir un argumentaire moralisateur qui en plus, quand il généralise la question, finit par servir les intérêts cupides, l’autorité muselante et déterministe, peu soucieuse de qualité, d’innovation artistique et de libertés créatrices des majors.

Quel que soit le débat, qu’il existe ou non d’ailleurs, la réalité est que dans le cas de Neuton, plus de 80 labels, dont Phictiv, subissent effectivement un ricochet direct et frontal de la faillite du distributeur allemand : factures ouvertes suspendues et stocks engloutis.
Phictiv y laissera quelques milliers de francs…

Mais le label ne souffre alors pas uniquement d’une perte financière directe, mais également celle, indirecte et plus difficile à évaluer, liée à la mauvaise distribution des productions du label, allant jusqu’à leur suspension. Visibilité et cash en négatif: voilà les plaies à panser pour les labels associés au distributeur, même si aujourd’hui la plupart de ceux qui ont pu résister, se sont associés à des distributeurs comme Word and Sound, par exemple, qui distribuent en support digital et physique.

Alors voici le deal qu’on vous propose ce 26 février: 13chf (chiffre porte-bonheur selon les croyances) en échange de votre bonne conscience et surtout d’une soirée portée par deux des producteurs parmi les plus intéressants que compte la Suisse occidentale: Crowdpleaser et Gregorythme.

Crowdpleaser, producteur remarqué et maintes fois salué, est déjà l’auteur de plus d’une trentaine de maxis et de remixes techno et deep house.
Il proposera un dj set à l’occasion de cette soirée de soutien.

Quant à Gregory Poncet aka Gregorythme, il est une moitié du duo de deeptechno Digitaline qu’il forme depuis 2003 avec Laurent «Laps» Bovey, et c’est un live solo qu’il livrera.
L’occasion de les réunir à nouveau sur la même scène, puisque les deux artistes ont produit ensemble la sixième et dernière sortie en date de Phictiv: «Gygsaw», maxi quatre titres paru à l’automne 2008, juste avant l’effondrement de Neuton…

Dan (Digital Natives) et Valerio (Supermafia), amis de la famille Phictiv s’associeront également à l’événement avec un dj set et des visuels.
Et Phictiv aujourd’hui ?
Dans une industrie qui sanctionne rarement le talent, mais qui se plie à des logiques de marché qui laissent trop souvent sur la touche les petits, et bien malgré des pertes conséquentes, le label n’a pas renoncé, et planifie aujourd’hui une sortie annuelle. Un choix privilégiant la qualité de ses productions.

Vinyls au placard, le label s’aligne désormais uniquement sur le format digital…
Et c’est heureux, car sans cette détermination, la passion et les talents émergents des labels indépendants la musique en tant qu’Art n’existerait tout simplement pas.