série de Portraits cybernétiques





numéro 3 — robot prêtre deuxième moitié du 22e siècle En 2169, le siège du Vatican par les armées de l’Alliance Sino-Coréene (populairement appelé Siège du Saint Siège) provoqua l’effondrement de la religion chrétienne. Toute forme de culte fut totalement proscrite et disparut pendant de longues années. Parallèlement à l’organisation de la résistance à l’occupant, […]

numéro 3 — robot prêtre deuxième moitié du 22e siècle

En 2169, le siège du Vatican par les armées de l’Alliance Sino-Coréene (populairement appelé Siège du Saint Siège) provoqua l’effondrement de la religion chrétienne. Toute forme de culte fut totalement proscrite et disparut pendant de longues années.

Parallèlement à l’organisation de la résistance à l’occupant, on assista à la renaissance du Culte. Sous le couvert de la clandestinité, on reconsidéra et reformula les dogmes fondateurs de la Chrétienté. D’une nouvelle lecture des Ecritures à la lumière de la notion même de résistance émergea une conscience religieuse totalement différente de celle d’avant-guerre. Catholicisme et protestantisme disparurent, et les résistants se tournèrent vers une religion proche de celle des premiers chrétiens sous l’occupation romaine qu’on appela Partisanisme. Ce sentiment religieux renaissant permit entre autres de fédérer la Résistance, si bien que certains historien attribuent aujourd’hui l’affaiblissement de l’Alliance au renouveau de la foi en Occident. Les forces d’occupation s’effondrèrent définitivement lors de la bataille de Vienne le 16 janvier 2213, date officielle de la fin de la Troisième Guerre Mondiale figurant aujourd’hui dans tous les manuels scolaires.

La Résistance était principalement basée en Suisse (voir glossaire) Elle avait investi de très vieilles installations militaires du début du vingtième siècle, appelées alors le Réduit National. Dans ces grottes immenses creusées dans les Alpes, de véritables villes se formèrent comme autant de citadelles imprenables. Ce fut dans des laboratoires cachés qu’on mit au point les premiers robots-prêtres (voir illustration) qui pouvaient prêcher, célébrer des mariages, des baptêmes et des funérailles. Habilement déguisés en robot de compagnie, ces machines étaient dotées d’un programme d’autodestruction en cas d’arrestation par la Tching-Tchong, la police politique et religieuse de l’Alliance. Leur mémoire interne pouvait stocker l’Ancien et le Nouveau Testament, ainsi que tous les évangiles apocryphes. La liturgie était préparée par des hommes et des femmes, les Grands Partisans, dont l’identité était gardée rigoureusement secrète. Les programmes, appelés séquences sacrées étaient ensuite transférés dans la mémoire vive de la machine après avoir été cryptés, de façon à ce que rien ne puisse tomber en mains ennemies. Les tous derniers modèles de robots prêtres étaient équipés de deux périphériques multimédias: un projecteur holographique qui permettait de reproduire virtuellement dans n’importe quel espace des lieux de cultes mythiques comme Chartres, Reims ou Notre-Dame de Paris, ainsi qu’un échantillonneur sonore qui émulait les sonorités de l’orgue (voir glossaire), instrument liturgique par excellence totalement disparu à l’époque. A la fin des hostilités, les robots-prêtres furent remplacés par les sacropodes issus de manipulations génétiques qui nous sont familiers aujourd’hui.