Prince Rama (us)





Mur sonore Krishnadelic Septième avatar de Vishnou – dieu de la trinité hindoue aux côtés de Brahma et de Shiva – Râma est le héros d’un poème épique, le « Ramayana » (« Le parcours de Râma » en sanscrit), de l’une des deux grandes épopées mythologiques de l’Inde. Prince d’Ayodhyâ, fils de Dasharatha et de Kaushalyâ, Râma est […]

Mur sonore Krishnadelic

Septième avatar de Vishnou – dieu de la trinité hindoue aux côtés de Brahma et de Shiva – Râma est le héros d’un poème épique, le « Ramayana » (« Le parcours de Râma » en sanscrit), de l’une des deux grandes épopées mythologiques de l’Inde.

Prince d’Ayodhyâ, fils de Dasharatha et de Kaushalyâ, Râma est contraint à 14 annéesd’exil lorsque sa belle-mère Kaikeyî convainc son père de céder son trône à son fils Bhârata plutôt qu’à Râma qui en est pourtant le légitime héritier.

Accompagné de sa femme et de son frère Lakshmana, il trouve refuge dans la forêt. Durant ce bannissement, son épouse Sîtâ est enlevée par le démon Rāvana.

Râma édifie alors un pont entre l’Inde et l’île de Ceylan où Sîtâ est retenue captive.

Il la sauve, tue Rāvana, devient roi et gouvernera Ayodhyâ avec sagesse – dans la paix et le bonheur retrouvé.

Bien qu’un certain nombre d’éléments en appelle à l’évidence, n’évoquez pas la résurgence New Age à Taraka Larson, frontgirl et songwriter de Prince Rama.

Méfiante de l’utilisation de références et de qualificatifs appartenant déjà à l’Histoire et méfiante de la philosophie musicale  de l’évasion, de l’élévation et de la transcendance fantasmées de l’ici bas que défend le genre, c’est à peu près l’exacte opposé auquel aspire la grande soeur Larson. Une musique qui agit dans l’hyper- ici et maintenant. Une musique puissamment ancrée dans le présent: le « Now Age » (selon ses propres termes).

Le projet Prince Rama (aka Prince Rama of Ayodhya) est d’ailleurs moins dévotique dans le fond que dans la forme, leur mystique s’inscrivant dans la biographie, l’iconographie et l’esthétique poursuivie par le trio plutôt que dans une bouillante ferveur dogmatique.

Elevées à Alachua – à la périphérie de Gainsville dans l’état de Floride – village qui accueille la plus grande communauté Hare Krishna des Etats-Unis, les soeurs Larson – faut bien le dire – s’emmerdent sec parmi les grelots et les tuniques oranges.

Ce sont les années High School et c’est avec Michael Collins qu’elles tuent le temps.

Le terme de secte n’est d’ailleurs jamais évoqué, à peine celui de communauté esquissée lorsque le trio évoque la vie à Alachua. Ils diront plutôt qu’à Alachua, c’était un peu comme partout ailleurs, la messe dominicale simplement remplacée par les cérémonies au temple où danses, chants et un état particulier de transe s’y épanouissaient…

Quoi qu’il en soit: Ados presbytériens ou Hare Krishna, quand il s’agit de s’exprimer, c’est visiblement kif-kif. C’est donc tout logiquement d’incidences « Punk Rock » que sera leur premier groupe. Blink 182 pour quasi seul guide et inspiration…Oupsss…

Les cloches et les percus en peau de chèvre, ça sera pour plus tard, une fois rejoint les rangs des beaux-arts de Boston où ils parfairont leurs études supérieures et y élargiront heureusement leur spectre musical.

Prince Rama naît donc durant l’été 2007, alors même que les soeurs Larson ne pratiquent plus les préceptes de la philosophie  Hare Krishna – Michael Collins quant à lui ne se refusent pas quelques sporadiques escales purificatrices à l’antenne de Boston –  et ce bien que l’on trouve aujourd’hui encore les résidus de leur étrange biographie dans leur répertoire.

Trois titres de Shadows Temple – leur dernier album – sont des adaptations de mantras hindous chantés en sanscrit (« Om Mane Padme Hum », « Om Namo Shivaya » et  « Raghupati »).

En 2009, après trois albums dont le premier, Treshold Dance, paru sur le label anglais Cosmos Recordings, et au terme d’une grande tournée en Europe et aux Etats-Unis, la survie du groupe sera douloureusement mise à l’épreuve quand leur van est cambriolé – leur instruments et leur identité totalement pillés.

Mais la roue du destin tourne. Et dans une direction plutôt favorable lorsqu’à l’occasion d’un passage au festival SXSW d’Austin, Prince Rama est approché par  Dave Portner (aka Avey Tare), moitié d’Animal Collective et du label Paw Tracks (Black Dice, Animal Collective, Ariel Pink, Panda Bear,…)

Taraka Larson (chant, guitare, autoharp, claviers, synthés, boîte à rythmes, percussions),  Nimai Larson (chant, batterie, percussions) et Michael Collins (voix, synthés, boîte à rythmes, percussions) s’établissent alors à Brooklyn et jettent les bases du massif, incantatoire et démonstratif Shadow Temple, première parution sur Paw Tracks à l’automne 2010.

L’album est mixé par Rusty Santos (Animal Collective, Panda bear) et  Dave (Avey Tare) and Josh (Deakin) (Animal Collective) participent à sa production.

Ils ne sont d’ailleurs probablement pas étrangers à cette nappe sonore écrasante et permanente qui habille les huit titres emphatiques et sans retenues de l’album.

Percussions tribales quasi monorythmiques, sur-réverbérations éthérées de la voix et des chœurs et mélodies en formes d’hymne, effets électroniques, synthés haletants,  guitare wha-wha, amplifiée et bourdonnante. C’est dense, brut, stratifié et propulsif.

La dévotion de Prince Rama est musicale. Une célébration désinhibée, à la limite de la transe, lyrique sans être kitsch, foutraque, dark et épique.

Un véritable opéra hallucinatoire, sans supports narcotiques, l’un des legs Hare Krishna qu’ils continuent d’embrasser….

M.J.

www.myspace.com/princeramaofayodhya