Parlons encore un peu musik





The Loco Iluminator Project (aka Barry Jive and The Uptown Five) (GB) La ressurgitation de rééditions vinyle du fameux EP «Blood in the Kindergarten» sorti dans les années 2000 (approximativement le mercredi 27 janvier à 14 heures 17) sous le label Fingers In The Socket Records ne pourra que réjouir les aficionados vieillissants du Loco […]

The Loco Iluminator Project (aka Barry Jive and The Uptown Five) (GB)

La ressurgitation de rééditions vinyle du fameux EP «Blood in the Kindergarten» sorti dans les années 2000 (approximativement le mercredi 27 janvier à 14 heures 17) sous le label Fingers In The Socket Records ne pourra que réjouir les aficionados vieillissants du Loco Illuminator Band, trop longtemps muet de silence cette dernière décennie. Et vingt ans, c’est long.

Revenons en arrière sur l’épopée de cette formation tombée dans l’oubliation des grands courants de la trance électro vintage, trop longtemps et trop simplement considérée comme du Noise narratif, plus particulièrement sur le parcours de son fondateur, Barry Jive.

Diamétralement éloigné (pour ne pas dire aux antipodes) de l’ultra commercial Saul Elder (Akimoto) -cent vingt albums vendus, Barry Jive quitte Hysteria Downtown en juillet 94. On murmure qu’il aurait eu quelques divergences de vues avec Phil Kaukaze (le producteur de l’égérique John Glenn & The Cosmo Lesbian Sisters) sur le mix final de la ligne de basse du controversé et hymnesque «Tokyo Rhapsody (Another Blowjob in Ginza)» Jive quitte Londres pour Berlin, où il s’immerge dans la mouvance Unglaubliches Lärm, en intervenant avec ses machines notamment au sein du collectif DDR Traktor Traüme formé deux ans plus tôt par l’égérie des nuits berlinoises, la baroque et vénéneuse Vera Van Der Shrimp aka Lady LaCrevette. Il impose sa griffe avec ses loops obsessionnels aux accents organiques de ses synthés vintages, aux LFOs ostentatoires, filtres passe-bas 24db triturés à l’extrême et modulateurs en anneaux comme dopés aux stéroïdes. En emmenant le combo dans des collaborations multiples et multi référentielles éclectiques, les musiciens deviennent leurs propres figures métaphoriques d’eux-mêmes. Epaulé par l’ingé son et producteur Werner Jägermeister rendu incontournable par les mixes à l’énergie inaltérée de The Sponsz Bel Ami Project (aka Kartoffeln Overdrive), figure mythique du deep minimal, Jive et ses acolytes font les beaux jours des nuits berlinoises et on se souvient encore loin à la ronde des vernissages de leurs albums («Uebertödlichkeit Wahrheit», «Ich Wünsche eine Audi Quattro», «Meine, Deine, Seine») au BlinKKs & BlonKKs KKlubb (Drei Mal Zwei K), du côté de l’Alexander Platz.

Ayant fait le tour de la question, Barry Jive quitte Berlin pour faire une brève apparition en studio sur deux albums de The Noises of Cousteau’s Silent World avec une utilisation massive du Memorymoog, notamment sur «Falco Dives Deep», «Captain’s Red Bonnet» et surtout «Calypso’s calypso», qui restent dans toutes les mémoires.

En totale rupture avec ses années berlinoises, Barry Jive frappe les esprits en livrant le 9 janvier 1998 aux clubbers médusés, seul sur la scène du légendaire club de Brighton Knock’s Box, une reprise intégrale en un seul set du Karn Evil 9 d’Emerson Lake and Palmer, avec pour tout line-up une MPC, un looper, un minimoog et un orgue Hammond. Durant la performance, le VJ MrFreeze projette des séquences des aventures de l’ourson Colargol (celui qui danse en farandole) de la série française pour enfants des années 60 «Le Manège Enchanté».

Il fonde finalement le Loco Illuminator Project en juin 1999, nom définitif adopté juste après la sortie d’un single (Mama Loves the Wurlitzer, Papa Loves the Rhodes) sous l’appellation par trop new yorkaise Barry Jive and The Uptown Five. Après des mois de cogitations dramaturgiques dans les studios Aquatarkus de Brixton à Londres, le groupe livre son fameux premier EP «Blood in the Kindergarten», véritable coup de tonnerre dans le monde ronronnant de l’électro. C’est surtout la reprise de «Tea for Tillermann» de Cat Stevens avec un theremin solitaire et plaintif, branché sur une vieille pédale phaser Electro Harmonix, qui déclenchera la polémique. Une certaine partie de ceux qui suivaient son travail vont tourner le dos à Barry, un certain malaise s’étant installé, comme le soulignera plus tard Martin Jones dans le fanzine Toxoplasmose avec le titre d’un article assassin: «A quand une reprise du Alan Parson Project à la guimbarde?» Barry Jive ignore superbement ses détracteurs, et le Loco Illuminator Project sort dans la foulée un deuxième opus «The USB Bus Stop» dans les derniers mois de l’année 2000. Malgré une maturité rarement atteinte et truffé de pirouettes scénaristiques à la dramaturgie sobre et baroque ayant tout d’un side project, cet album est suffisamment boudé pour devenir presque aussi mythique que le précédent.

Depuis, le groupe s’est littéralement évaporé, devenant une icône pour certains et objet de moquerie pour d’autres. Barry Jive signera en solo quelques soundtracks pour des films underground comme l’adaptation libre du roman de Philip K.Dick «Journal of A Crap Artist» de Joel Belinski en 2004, «Hilfe, Ich Lebe» de Andreas Volkensturm en 2005 ou le tout récent OVNI cinématographique du jeune cinéaste italien Beato Guardamazzo au titre parfaitement univoque «Cazzo!» en 2009.

Barry Jive a donné une seule interview au magazine Crazy Oscillator en juin 2006, dans laquelle il évoque son parcours: «Tu vois, mec, la vie, c’est comme un bouton de volume: à zéro, t’entends rien, à fond, ça déchire.»

Pierre Nydegger aka Peter Nestwar

Blood in the Kindergarten (Reissue 2010) / The Loco Illuminator Project / Fingers in the Socket Records
www.locoilluminatorproject.com
www.fingersinthesocketrecords.co.uk