Oy: VERNISSAGE d’ALBUM





Griotte moderne de la mémoire enfantine Une petite fille dont le jeu favori consiste à traire les seins de sa petite copine… Sans succès / La menace de la sorcière des toilettes qui vous aspire au fond de la cuvette si vous restez assis trop longtemps après avoir tiré la chasse d’eau / Une fillette […]

Griotte moderne de la mémoire enfantine

Une petite fille dont le jeu favori consiste à traire les seins de sa petite copine… Sans succès / La menace de la sorcière des toilettes qui vous aspire au fond de la cuvette si vous restez assis trop longtemps après avoir tiré la chasse d’eau / Une fillette qui s’arrête et boxe à chaque coin de rue pour anticiper une mauvaise rencontre avant de se remettre à marcher / Ce terrible serpent qui campe sous le lit une fois la nuit tombée, et ce besoin de faire pipi…

Mémoires d’enfance compilées auprès de ses amis, voilà l’essence puérile du premier album de Oy aka Joy Frempong «First Box Then Walk» qui paraît début février sur Creaked Records.

Véritable road-track de 26 courtes plages, comptines cocasses et mystérieuses habitées par les croyances, fantasmes et jeux propres à l’enfance, entre imaginaire et réalité, grande absurdité et petits frissons, cet album sous influences évolue pourtant sans frontières délimitées de genre.

Jazz, Soul, Avant-pop, Hip Hop et musique électronique expérimentale constituent les fondements musicaux sur lesquelles Oy échafaude des expérimentations vocales uniques, puissantes et maîtrisées, entre skat, choeurs, onomatopées, chant parlé et plus mélodique. Dans une douce radicalité, Oy créé une musique asymétrique assumée, entre profondeur solennelle et naïve innocence.

Il aura fallu quatre ans à l’artiste d’origine ghanéenne, initialement formée au Jazz, pour réaliser «First Box Then Walk», son premier projet solo.

Ce n’est pourtant pas la paresse qui a coûté autant de temps à cet album pour arriver à maturation, mais plutôt les contraintes de l’hyperactivité de cette artiste aux nombreuses collaborations.

En effet, Joy Frempong partage son talent de vocaliste avec différents groupes et projets comme Lauschangriff, Infinite Livez vs Stade (Big Dada), Filewile (Mouthwaterinf), et encore plus récemment avec Phall Fatale.

En véritable femme-orchestre, Oy est seule aux commandes de ce premier opus ponctué d’influences. C’est Nina Simone qu’évoque le solo de piano énergique et mélancolique d’un titre comme «World Whale».
Les onomatopées, le phrasé et l’accordéon de «Gap» rappellent certains titres de l’album «Big Science» de Laurie Anderson, tandis que les choeurs et le flow du titre «Sex» conduisent immanquablement à Prince.
L’éducation musicale de Oy est aussi présente sur des titres comme «Laundry», «Cloudy Gallery», ou «Tonight», aux tonalités évidemment
Jazz.

Oy pousse des portes aujourd’hui closes, une plongée rétrospective complète, mais sans nostalgie au coeur d’un univers qui n’est plus, et de tout ce que nous ne sommes plus.

A travers ces mémoires d’enfance individuelles, accompagnées d’une instrumentation souvent faite de rythmes et de cliquetis étranges, c’est un chant universel, une ode à ce paradis ou à cet enfer perdu du premier âge. Celui, incertain, de l’être qui s’apprivoise au monde qui l’entoure, le nourrissant des fantaisies, des plaisirs, des peurs propres à un esprit en construction, encore libre.