Multi-fonctionnalité, Vieux slip, Bernard, Chauffagiste, Vers de terre, Gay Beast et Agit-prog Queer





Au Bourg, on est tous un peu des hommes et des femmes orchestres. On administre, on fait la caisse, on programme, on communique, on projette, on fait les lumières, on entretient [check de fin de saison sous la scène: ramper sur des bris de verre, saluer au passage un vomi sec et cette  première question […]

Au Bourg, on est tous un peu des hommes et des femmes orchestres. On administre, on fait la caisse, on programme, on communique, on projette, on fait les lumières, on entretient [check de fin de saison sous la scène: ramper sur des bris de verre, saluer au passage un vomi sec et cette  première question : « Comment c’est possible? », croiser un vieux slip et cette deuxième même question: « Comment c’est possible »], on nourrit (les artistes), on assiste (parfois le public, certains artistes aussi) [Vendredi, 08h15, bureau, téléphone: « Euh bonjour, désolé de vous déranger… j’étais au Bourg hier soir et euh, voilà, une verre, pis un autre… et j’ai perdu mes clés, je suis… euh… un peu embêté là… je dois aller au travail et sans ma voiture… Vous avez pas retrouvé quelque chose? » / Mercredi, 17h15, à la salle, sound check, un musicien : « J’ai très mal aux dents depuis ce matin, t’aurais pas un anti-douleur ou quelque chose comme ça? » (t’inquiète maman est là) / Samedi 03H58, dans la salle : « On m’a tiré mes baskets! Non, mais c’est dingue! Je les avais laissées juste là… Elles étaient pourries merde! Je fais quoi moi maintenant ? ». Tu ne le fais pas remarquer, parce qu’à cette heure-là c’est plus la peine tant le fossé sobriété/éthylisme est profond, mais intérieurement tu le dis fort, mais très, très fort: « Ben Cocotte, fallait peut-être pas se la jouer retour de Bénarès sur le dancefloor ! »  / Dimanche, 03h59, dans la salle:  «Ça va mec? Faut se réveiller là, on ferme. T’es tout seul? Quelqu’un peut te raccompagner? » / Dimanche, 04h12, à travers la porte d’entrée: « Eh! Allez! Ouvrez! Soyez cool! Juste quelques bières, on les prend à l’emporter ! » / Dimanche, 04H35, prêts à boucler:  « Merde y a quelqu’un qui a versé dans les toilettes (verrouillées)… »] et au Bourg on maintient aussi.

Le cap la plupart du temps, mais aussi la salle, tout le temps. La maintenance, c’est pas la plus drôle, mais surtout pas la moindre de nos affectations. Elle exige un peu d’entraînement physique, du self-control, de la patience, mais aussi une capacité d’anticipation.

Mardi 14 décembre, 08h30 à la salle.

Un chauffagiste est censé se présenter à 08h45 pour changer une vanne et activer un boîtier de commande. Du chauffage? Sérieusement? On ose plus l’espérer puisque cela fait alors passé 8 mois que la chaudière de la rue de Bourg 51 a donné son dernier souffle d’air chaud et qu’un régisseur bien connu l’ignore avec une insolence frayant avec l’illégalité (sans même évoquer l’immoralité). Je l’imagine le grand Bernard, maître de son propre Far West immobilier, s’activant en toute impunité à remplir sa besace de deniers extorqués sans foi ni loi à des locataires ne pouvant même pas bénéficier des besoins minimaux pour lesquels ils creusent pourtant leur porte-monnaie chaque mois. Pour la minute tire-larme, une fillette et sa mère vivent dans l’immeuble. Un immeuble dont aucun locataire n’a été à ce jour indemnisé, même pas d’un chauffage électrique d’appoint le temps de l’avarie.

Oui, je l’imagine bien au sommet de son empire, un Stetson vissé sur la tête, avec au niveau de la ceinture l’embonpoint caractéristique de ceux qui ont trop. Oui, je l’imagine bien les pieds croisés sur son bureau préparant son bon mot – qui reste à graver dans les annales du toupet et de la mauvaise foi – suite à l’interpellation d’un quotidien gratuit sur les faits: « 7 degrés, c’est un froid relatif. J’étais à Saint-Pétersbourg en 1981, il faisait -41 degrés.» (20minutes Vaud du 30 novembre 2010)…

09h00 et pas de chauffagiste en vue. Là, intervient la capacité d’anticipation. D’expérience, l’attente peut être plus ou moins longue. Alors dans une salle dont la température doit avoisiner les 6 degrés, pour éviter de maugréer sur la perte de temps qui sera  conséquente (je le sens) et pour ne pas me focaliser sur le froid, je sors mon ordinateur et m’active sur la comm.

Tiens, la communication d’une salle, c’est aussi un joli morceau… Une date confirmée, il reste à l’annoncer. La logique voudrait qu’une fois un artiste ou un groupe programmés, les press kit et autres pack promo pleuvent. Ouais, seulement, les bons élèves ne sont pas légions. Quand ce ne sont pas les supports qui manquent ou qui ne sont pas compilés dans un joli dossier promo, il arrive assez fréquemment aussi que quand le matériel existe, on le reçoive une fois nos délais expirés. La belle affaire…

Je m’attaque donc à une date lacunaire de février dans l’attente du chauffagiste qui ne se pointera finalement qu’à 11h30.

Comment? Et bien sur les coups de 10h30, après un retard de près de deux heures, la limite de ma patience était franchie. Je l’appelle et lui rappelle le rendez-vous fixé. Pure caricature (presque touchante en y repensant, absolument pas sur le moment) du vieil employé de PME fatigué et blasé, il n’a pas l’air spécialement affairé et ne prends même pas la peine de formuler une excuse, je sais pas, un autre chantier qui l’aurait retardé… Je crois bien qu’il est dans son atelier, affalé face à l’horloge murale dans l’attente que les aiguilles du cadran avance jusqu’à la limite déculpabilisante d’une heure d’apéro convenable. 11H00?

« Ah, oui dis donc… Bon, ben là je suis à la Sallaz. Je me mets en route ! »

Et quand il arrive enfin, sans prendre la peine de s’excuser sur ses trois heures bien frappées de retard, il aboie une complainte sur les difficultés de parcage dans le quartier… Chapeau bas!

On revient à 09h00. Je me lance dans ma recherche d’infos (photos, liens vidéos, etc.). Bien mal m’en a pris, de si bon matin, de taper la recherche « Gay Beast » sur Google.

Bon, je ne suis pas une oie blanche, ni n’affiche de perversions sexuelles particulières. Je dirais plutôt que je suis informée, comme tout esprit curieux et attentif aux perversions qui habitent la face sombre et interpellante de nos sociétés. Alors si les abus et la maltraitance sur les animaux m’interrogent et éveillent en moi une révolte certaine, je ne vais pourtant pas collapser devant une vidéo amateur montrant un doberman embrochant son maître, ni un fermier ou pseudo fermier perché sur un tabouret en train de s’activer dans le séant d’un cheval, ni encore une chèvre léchant les parties génitales du vrai ou faux gardien de troupeau.

Mon estomac encore vide à cette heure matinale ou ma connaissance probablement limitée aux classiques précités n’étaient cependant pas exactement préparés au highlight zoophile de cette fin  2010:  Les vers de terre.  Sexuellement instrumentalisés selon deux variantes et une seule fin:  rampant sur une verge turgescente ou introduit à l’aide d’un entonnoir dans l’anus avant d’être expulsé dans le but unilatéral de provoquer une jouissance.

Comment est-ce qu’on écrit un long silence abasourdi?

Gay Beast se forme en 2005 à Mineapolis (Minnesota / USA) autour du duo Daniel Luedtke aka Danimal (claviers, saxophone, voix) et Angela Gerend aka Gela  (batterie, electronics),  bientôt rejoint par Isaac Rotto aka Icky Rot (guitare) recruté via une petite annonce. Autoproclamé « premier Agit-prog Queer band du Minnesota », ils adressent ironiquement leur musique aux « patrons gay qui utilisent leur homosexualité pour obtenir davantage de leurs employés gays ». Pourtant Gay Beast a moins à voir avec le mobbing ou les pratiques zoophiles (qui ne sont d’ailleurs pas plus liées à l’homosexualité qu’à l’hétérosexualité, mais peut-être bien au grand patronat) qu’avec un engagement politique Queer  et des revendications féministes dont ils se font les porte-paroles à travers leur musique.

« Second Wave » (2009), leur deuxième album et première parution chez Skin Graft Records (label qui a irradié la scène indé Punk rock et No wave  de Chicago dès les années 90 avec Cheer-Accident, Melt-Banana, U.S. Maple, Arab On Radar ou encore Aids Wolf) évoque l’histoire du féminisme. Plus précisément sa deuxième vague. Pour la faire courte : celle qui succède logiquement à la première (merci), celle des suffragettes et du droit de vote, et qui s’inscrit dès le début des années soixante dans la revendication  le droit des femmes à disposer de leur corps et d’en avoir la maîtrise. « Second Wave » (« Deuxième Vague » donc) cite Donna Haraway ou encore Andrea Dworkin sur des titres hommages à ces chercheuses féministes américaines.

Et s’il y a sans doute une dimension arty convenue dans cette démarche (probablement des rejetons d’écoles d’art), et bien c’est égal parce que cela reste suffisamment rare et surtout suffisamment important  pour être tout simplement salué!

Assauts sonores explosifs et anti-mélodiques qui s’expriment dans un chaos cependant contrôlé Gay Beast plante ses racines dans la No Wave, la Noise, le Post-punk et l’Agit-prog pour laisser naître une Neo-wave qui dans un spasme sonique fait grincer des guitares saturées et réactives au passage des sonorités synthétiques rétro-futuristes.

ADN musical mutant dont les gênes légataires se composent des contorsions saxophoniques de James Chance, des nerveuses discordances de Devo, des polyrythmies chaotiques de Captain Beefheart [RIP] et des vocalises triturées de  Yoko Ono ou Tim Hodgkinson.

Pour cette date au Bourg, les locaux Coyote (Serge (Syndrome WPW) et Ariel (LUFT/Left)) feront la première partie de Gay Beast avec un live composé de voix vocodérisées et de mélodies synthétiques. Pas besoin de recherche Google et même si, le risque aurait été peut-être de tomber sur un coyote faisant minette à une sauterelle…

Pour une bonne partie du reste de leur tour Européen qui verra la présentation de leur troisième album « Smithereens » à paraître sur Skin Graft Records, Gay Beast tournera avec le groupe new yorkais Child Abuse…

Et ça c’est ma chute.

M.J.

www.myspace.com/gaybeast

www.myspace.com/lescoyotes