MARTIAL IMAGINAIRE





Quel est le point commun entre le Tai-Chi, art martial chinois développé par des moines guerriers taoïstes et le folk électronique de Oorutaichi aka Taichi Moriguchi ? Euh…, et bien aucun. Introduction ratée, sans compter que cette association d’idées spontanée est à la limite du bon goût, voire de la blague raciste. Pas facile de […]

Quel est le point commun entre le Tai-Chi, art martial chinois développé par des moines guerriers taoïstes et le folk électronique de Oorutaichi aka Taichi Moriguchi ?
Euh…, et bien aucun.

Introduction ratée, sans compter que cette association d’idées spontanée est à la limite du bon goût, voire de la blague raciste. Pas facile de réaliser qu’en si peu de mots et avec tout juste deux syllabes on reproduit les stéréotypes, dont on pense toujours mieux que les autres pouvoir s’affranchir.Car non, la face septentrionale du globe n’est pas un bloc uniforme où les arts, les cultures, les habitants aussi bien que la sémantique seraient interchangeables ou indiscernables. Bon, ben maintenant que c’est posé, faut rattraper le coup.

Alors, sans traits d’esprits manqués, Oorutaichi, c’est le projet solo du Japonais Taichi Moriguchi, patron du label Okimi Records et artiste aux nombreuses collaborations. Oorutaichi, c’est un projet musical qui postule une musique encore jamais entendue.
Bon, alors là on n’est définitivement pas au bout de nos peines… Car autant le dire tout de suite : si ce projet n’est pas vraiment possible, il veut surtout tout et rien dire.

De un, parce que la création première n’existe pas, ou si elle a existé, elle nous a déjà échappé. Aujourd’hui on décline et peut-être même qu’on a toujours décliné.

Et de deux, parce qu’évidemment dans le champ infini des possibles, chaque production musicale est inédite, même s’il ne s’agit que de modifier un accord, une tonalité ou un beat.
Coup de gueule épistémologique maintenant clos, il n’en reste pas moins que ce cas est un classique : celui de la formule « press kit » ou cet art (oui, oui ça exige certaines compétences) de vider une formule de tout contenu en lui donnant les aspects du plus précieux des objets.
Alors avant de continuer, autant annoncer que les formules suivantes ne seront pas utilisées dans la suite de cet article: « Terres inexplorées », « percussions expertes » et (le meilleur pour la fin) « mélopées magiques ».

Grève des formules creuses déclarées.

Taichi Moriguchi, originaire d’Osaka, commence à empiler des couches sonores sur un petit enregistreur quatre pistes à la fin des années nonante à partir d’instruments acoustiques et d’objets qui l’entourent.

Il se met rapidement à la programmation, au sampling et crée une musique qui laisse d’abord penser à une rencontre entre la musique World et la musique Electronique. Mais là où sa démarche interpelle, c’est que ce résultat se fonde sur deux éléments : des boucles électroniques et surtout celui d’une langue inventée.

Le résultat est plutôt troublant puisque son imaginaire (ah ! tiens un lien avec le Tai-Chi, art martial où l’on se bat avec un adversaire imaginaire. Oui parce que Tai-Chi ça veut littéralement dire « boxe avec l’ombre ») renvoie à des impressions connues qui n’ont rien à voir
avec ce langage pourtant inconnu. Associé au Bongo et aux fanfares digitales, ça peut rappeler les chants traditionnels japonais comme ceux d’ethnies africaines. Et Oorutaichi ne s’embarrasse pas de cohérence, ni de frontières strictes. D’un morceau à l’autre les influences varient autant des beats secs et césurés proches de la scène de Sheffield et d’Aphex Twin, de références explicites au Reggae Dancehall, de kicks Disco, que de la House d’un Maurice Fulton sur le maxi « Misen Gymnastics » (Ah ! Tiens un deuxième lien avec le Tai-Chi qui, plus
qu’un art martial, et avant tout pratiqué en Chine comme une gymnastique très populaire auprès des seniors qui veulent garder la forme).

Folklore imaginaire donc, qui n’a finalement presque rien à voir avec le Tai-Chi, ni avec le Japon, si ce n’est avec sa prolixe scène underground qui n’atteint que trop rarement nos frontières et qu’on se réjouit de vous faire découvrir. Avis aux amateurs, tant de Folk que de musique Electronique.