LES VAGUES FONT (FAIRE) DES TOURS





THE REBEL (Ben Wallers et Sophie Politowicz). En écoutant pour la première fois l’album « The Empire Strikes Back » des Country Teasers, ça m’avait vraiment impressionné. Une musique décomplexée, efficacement construite, qui assume sans honte une nonchalance certaine, révélant un sens aigu de la composition et de l’intuition mélodique, une voix fortement identifiable. Bref, une sorte […]

THE REBEL (Ben Wallers et Sophie Politowicz).

En écoutant pour la première fois l’album « The Empire Strikes Back » des Country Teasers, ça m’avait vraiment impressionné. Une musique décomplexée, efficacement construite, qui assume sans honte une nonchalance certaine, révélant un sens aigu de la composition et de l’intuition mélodique, une voix fortement identifiable. Bref, une sorte de pop music donnant une place privilégiée aux moments plus sombres face auxquels n’importe quelle sensibilité contemporaine est un jour amenée à se confronter.

S’il existe une équation qui prouve qu’une création est réussie, si la formule en question exige une utilisation assumée des meilleurs outils du passé et du présent, la mise en place d’un dispositif technique et conceptuel permettant des assemblages inédits, et enfin un caractère original et assumé émanant de tout cela, alors on peut considérer la musique de Ben Wallers, ex-leader des Country Teasers, comme vraiment très réussie.

Ses outils, ce sont avant tout des héritages esthétiques. Je dirais: The Residents pour l’ambiance sonore générale, Ian Dury pour la voix, Syd Barrett pour les descentes en dominos de certaines parties des compositions, Young Marble Giants pour la combinaison simple et ultra efficace guitare/percussion (même si ce groupe n’utilisait pas d’instruments à percussions à proprement parlé, l’effet est néanmoins comparable), ainsi que The Shaggs pour la batterie, mais aussi pour la capacité à proposer, peut-être sans trop s’en rendre compte, ce que le critique Lester Bangs a appelé une « Weltanschauung », une vision du monde. The Shaggs est un groupe des années 60 constitué de quatre soeurs adolescentes. Il est la véritable origine de toute cette histoire de la musique bancale d’apparence mal foutue, dont Lester Bangs était un grand fan, et dont une frange féminine du punk et du post-punk s’est inspiré à la fin des années 70: The Slits, The Raincoats, Kleenex ou encore un peu plus tard The Vaselines, qui eux n’étaient pas forcément femmes au sens biologique, mais qui malgré tout en portaient l’esprit.

Soutenu à la batterie par une épouse sortie semble-il directement de cet héritage et qui participe magistralement à l’élaboration de cette vision du monde que l’on nous a offert au Bourg le 11 mars dernier, Ben Wallers occupe le devant du plateau en chanteur récitant avec application ses comptines grinçantes, sans aucune expressivité. Il n’est pas facile de comprendre les paroles de ses chansons, ni aisé de les trouver écrites quelque part. Pas de retranscriptions sur les pochettes, et aucune trace non plus sur le net, ses différentes formations n’étant apparemment pas encore suffisamment connues. Mais a priori, il s’agirait de textes xénophobes, racistes et sexistes, dont émanerait un cynisme radical que certains observateurs répugnent même à vouloir juger. Il faudrait cependant s’astreindre à faire un jour une traduction de ces textes, afin de mieux cerner le personnage, qui semble au premier abord être un gentleman timide ne payant pas de mine, mais qui peut-être a su construire une espèce de machine critique brechtienne permettant d’exorciser certaines des contradictions contemporaines les plus enfouies.

Sachons simplement pour l’instant que The Rebel veut dire en fait « Reaching Everyone By Exposing Lies ».

Pour Vague Dj, Jean-Christophe Huguenin.