Les vagues font des tours





Henry Threadgill, Jazz Gallery, New York, février 2010 à la fin des années 70, il existe à Chicago au même moment une effervescence musicale comparable, et qui se situe au sein de la Great Black Music, avec l’AACM comme principale organisation (Association for the Advancement of Creative Musicians). Rhys Chatham ne manque d’ailleurs pas de […]

Henry Threadgill, Jazz Gallery, New York, février 2010

à la fin des années 70, il existe à Chicago au même moment une effervescence musicale comparable, et qui se situe au sein de la Great Black Music, avec l’AACM comme principale organisation (Association for the Advancement of Creative Musicians). Rhys Chatham ne manque d’ailleurs pas de le rappeler dans le livre New York Noise, dans lequel il cite Richard Muhal Abrams comme grand stimulateur de cette période. Mais jamais ces deux scènes ne se sont vraiment rencontrées.

Une autre figure phare issue de cette organisation afro-américaine est le saxophoniste et flûtiste Henry Threadgill. D’abord sideman chez Abrams puis batteur dans un groupe de rock au Viêt-Nam (enrôlement forcé oblige), Henry Threadgill fonde ensuite avec Steve McCall et Fred Hopkins l’une des meilleures formations de jazz d’avant-garde des années 70-80, Air.

En tant que leader de différents groupes de jazz, il continue ensuite à explorer les possibilités qu’offrent l’improvisation et la musique écrite, et invite des instruments inhabituels à s’installer à ses côtés: cornet, violoncelle et tuba s’octroient les places privilégiées, alors qu’ils ne sont que très rarement accueillis dans les ensembles de jazz.

A New York en 2010, dans l’espace non lucratif (très rare à Manhattan) Jazz Gallery, Henry Threadgill propose un magnifique condensé de ses explorations. Ses compositions oscillent entre simplicité aride et distorsions. Très peu de distinctions sont faites entre les improvisations et les parties écrites. On sent l’influence d’Ornette Coleman, surtout dans l’organisation de la musique, qui semble surgir d’un seul coup à travers des cascades harmolodiques intenses. Les accompagnements (notamment au tuba) semblent être suivis à la lettre, rigoureusement. Les partitions remplissent les lutrins de chaque musicien, qui dégoulinent de sueur en les lisant. Tous soutiennent les improvisations de manière très stricte. Les cordes – violoncelle, guitare, guitare basse – ont la part belle en surexploitant leur pizzicato, et donnent à l’ensemble une couleur chaude et électrique. Surtout, c’est la puissance de l’attaque physique sur l’instrument qui caractérise le jeu des musiciens, ainsi que leur manière d’en faire jaillir les sons.

Rien de bien solide pour prétendre à la rencontre des deux scènes susmentionnées – aucun membre de la no-wave n’aurait pu supporter qu’on le qualifie de musicien, ce qui est vraiment bien le cas pour tous les sidemen de Threadgill – Tout de même, il y avait un petit souffle de cette sensation à New York en février 2010.