LES VAGUES FONT DES TOURS





The Feelies Maxwell’s bar, Hoboken, NJ 4 juillet 2010 Le New Jersey souffre d’une vilaine réputation à New-York, mais le 4 juillet dernier, nombreux ont été les New-Yorkais à prendre le Lincoln Tunnel pour rejoindre Hoboken, petite ville qui longe l’Hudson River et qui fait face au Meatpacking District. La plupart d’entre eux sont allés […]

The Feelies
Maxwell’s bar, Hoboken, NJ
4 juillet 2010

Le New Jersey souffre d’une vilaine réputation à New-York, mais le 4 juillet dernier, nombreux ont été les New-Yorkais à prendre le Lincoln Tunnel pour rejoindre Hoboken, petite ville qui longe l’Hudson River et qui fait face au Meatpacking District. La plupart d’entre eux sont allés s’installer en famille pour voir les feux d’artifices de l’Independance Day, qui pour la deuxième fois consécutive en dix ans ont été lancés depuis la rive ouest de Manhattan. Tous n’ont pas été fidèles au grand spectacle patriotique: les Feelies jouaient ce soir-là au Maxwell’s.

Ce bar presque mythique favorisa, à la fin des années septante, le développement d’une scène alternative à Hoboken. Parmi les groupes qui y jouèrent, les Bongos furent les premiers à signer sur une Major, mais durent attendre qu’un label européen les repère pour faire une tournée. A New-York, il semblerait que les groupes issus de cette scène du New-Jersey voisin furent royalement snobés.

Les Feelies connurent des débuts difficiles à Big Apple. A partir de 1976, en effet, le groupe multiplie les concerts à New-York, mais se heurte à un public très sceptique, voire moqueur. L’arrivée au sein de la bande du batteur Anton Fier, technicien hors pair ayant joué avec Pere Ubu, marque un changement. Le groupe trouve un son et une attitude sur scène qui fera leur (petite) renommée. Leurs concerts deviennent dès lors beaucoup plus énergiques. Chaque musicien joue à une vitesse ahurissante jusqu’à, paraît-il, en tomber malade certains soirs. L’estime de la critique se profile alors en 1978, quand le Village Voice les nomme «meilleur groupe underground à New York».

Les Feelies n’ont pas eu le succès public des Talking Heads, avec qui ils partagent pourtant, sur la pochette de l’album Crazy Rythms, une semblable allure d’étudiants proprets. Ils eurent par contre en commun avec le groupe de David Byrne de figurer dans un film de Jonathan Demme: dans Something Wild, on peut voir le groupe reprendre Fame, de David Bowie, avec Jeff Daniels improvisant une danse qui rend un peu mal à l’aise.

Il est difficile de déterminer ce qui caractérise à l’époque le «Hoboken Sound» de la scène New-Yorkaise. Il s’agirait en tout cas pour les Feelies d’une certaine prise de distance par rapport au show business et d’un sens aigu de l’intégrité qui les a poussé à se couper de certaines opportunités. C’est sans doute dans cette idée que Benoît Binet choisit le titre de l’article qu’il rédige sur eux en 1987 dans le magazine Nineteen*: «Rockers du dimanche».

Dans celui-ci, il commente les deux premiers albums du groupe: «Aussi idiosyncratiques et passionnants que puissent être Crazy Rythms et The Good Earth, ce sont des albums définitivement datés, marqués par l’environnement dans lequel le groupe navigue à l’époque». Pourtant en 87 déjà, comme le reconnaît Benoît Binet, The Feelies est un groupe obscur mais culte, souvent comparé au Velvet Underground.

Ce 4 juillet au Maxwell’s, quand Brenda Sauter, bassiste du groupe, s’excuse auprès du public de les priver du feu d’artifice, celui-ci s’écrie comme d’un seul homme: «Vous!…êtes le feu d’arti-fice!». Il y a fort à parier que dans la salle se trouvent pas mal de proches et d’amis du groupe. Cela donne l’étrange impression d’avoir été invité à une soirée entre amis.

Le premier morceau de leur set, When Company Comes, nous plonge dans cette atmosphère typique des Feelies: deux guitares rythmiques énergiques, des voix en retrait et quelques percussions. On y est! Pour le reste, le groupe cultive le mythe: ils exécutent parfaitement leur répertoire et reprennent le Velvet, les Stones et Jonathan Richman. De quoi rendre le jeune public (rare au Maxwell’s) profondément nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connu.

Pour Vague Dj’s, Philippe Daerendinger

A noter que le Joe McPhee Survival Unit III se produira le 22 octobre 2010 à Willisau.
*http://nineteentoulouse.free.fr