LES VAGUES FONT DES TOURS





JOE MCPHEE ET CHRIS CORSANO À LA CAVE 12 LE 17 MARS 2010 Les duos saxophone/batterie ne sont pas spécialement courants, mais quand ils se produisent, c’est en général prometteur d’une grande intensité. Et ça n’a pas manqué avec Joe McPhee, suiveur de Coltrane né en 1939, et Chris Corsano, bien plus jeune, batteur de Björk (mais […]

JOE MCPHEE ET CHRIS CORSANO À LA CAVE 12 LE 17 MARS 2010

Les duos saxophone/batterie ne sont pas spécialement courants, mais quand ils se produisent, c’est en général prometteur d’une grande intensité. Et ça n’a pas manqué avec Joe McPhee, suiveur de Coltrane né en 1939, et Chris Corsano, bien plus jeune, batteur de Björk (mais aussi prolifique musicien collaborant avec Paul Flaherty, Jim O’Rourke, Nels Cline, Thurston Moore, Kim Gordon..).

Pourtant au départ, ce n’était pas franchement gagné. Beaucoup de lenteurs, le sentiment qu’une mauvaise direction allait être prise, que la routine de la tournée se révélait dans le moindre petit détail scénique.. Cela arrive parfois, même avec des pointures du genre. En général, le concert devient quand même potable, mais un goût d’inachevé persiste et on se retrouve avant la fin de la prestation à boire de la bière au bar avec des amis.

Après une vingtaine de minutes donc, on aurait pu prédire le pire: une musique dite expérimentale où tout avait l’air d’être possible mais où rien de bien affirmé n’en ressortait. Des petits bruits insignifiants, des yeux qui se fermaient pour faire preuve de concentration. Même les perles de sueur au front des musiciens pouvaient alors irriter l’auditeur et lui sembler être du chiqué. En fait, le duo était en train de poser ses marques. Chris Corsano se mettait à tordre la tête d’une manière bien étrange, pendant que Joe McPhee rajeunissait d’une année à chaque note soufflée.

Alors arrive ce que les beatniks avaient nommé dans les années 50 le «IT», à propos de certaines phases improvisées des concerts de be-bop: une grande intensité musicale physique organisée dans un chaos de sons à priori complètement désorganisés. En fait, c’est une impression très forte impossible à décrire à l’aide de mots. Par contre, on peut en observer les effets en scrutant discrètement le faciès et les comportements des auditeurs présents lors du phénomène: orbites exagérément agrandies (certaines douleurs peuvent être ressenties les heures qui suivent le concert), muscles de la bouche difficilement contrôlables, petits cris chez les personnes les plus sensibles, et tremblotements au niveau des dernières phalanges des doigts. Aucun cas grave n’était à signaler au terme de cette soirée, mais il s’en est fallu de peu pour que des crises physiques générales ne se soient transmises entre les individus (car, paraît-il, ces crises sont contagieuses).

Il est possible, sur musique enregistrée, avec de la bière et des amis, de retrouver la sensation de ce concert (mais impossible d’atteindre l’état décrit plus haut): John Coltrane versus Rashied Ali («Interstellar space»), Frank Lowe versus Rashied Ali («Duo exchange»), David Murray/Milford Graves («Real deal»), Sabir Mateen/Hamid Drake («Brothers Together») ou encore les disques de Paul Flaherty et Chirs Corsano. Tous ces disques sont des duos de saxophone/batterie.

A noter que le Joe McPhee Survival Unit III se produira le 22 octobre 2010 à Willisau.