LES VAGUES FONT DES TOURS





Trio 3 au Festi val d e l’AMR, à l’Alhambra de Genève La soirée du samedi 6 mars s’est close au festival de l’AMR à Genève avec un magnifique concert de Trio 3, composé d’ Oliver Lake au saxophone alto, de Reggie Workman à la contrebasse et d’Andrew Cyrille à la batterie. Issus d’une génération qui a pu […]

Trio 3 au Festi val d e l’AMR, à l’Alhambra de Genève

La soirée du samedi 6 mars s’est close au festival de l’AMR à Genève avec un magnifique concert de Trio 3, composé d’ Oliver Lake au saxophone alto, de Reggie Workman à la contrebasse et d’Andrew Cyrille à la batterie.

Issus d’une génération qui a pu profiter des apports directs de Monk, Coltrane, Mary Lou Williams ou autres Cecil Taylor, ces musiciens réussissent gracieusement à la fleur de l’âge à proposer un style de jazz tout en pondération. Ils s’affranchissent de l’étiquette du free jazz en intégrant subtilement dans leur jeu et leurs compositions des éléments qui viennent de la musique expérimentale.

Andrew Cyrille, par exemple, semble s’imposer des contraintes de jeu strictes et arbitraires pour ses solos et ses accompagnements (n’utiliser que les cymbales, intégrer les silences de manière oblique), et laisse ainsi supposer qu’il est simplement en train d’interpréter une partition de Fluxus, ce groupe d’avant-garde expérimental des années 60. Du côté de Reggie Workman, c’est avec des petits pas de danse tout à fait inattendus autour de sa contrebasse, ainsi que des accompagnements au sifflet lors des moments de forte intensité musicale, qu’il nous révèle ses penchants pour les petites déviations hypnotiques que pratiquait déjà Monk lorsqu’il était satisfait de ses musiciens, mais qui peuvent aussi, certes avec une imagination bien stimulée, évoquer quelques chorégraphies post-modernes. On pourrait encore pointer les sons continus d’ Oliver Lake, qui rappellent les gros navires sur le départ et donc aussi les expériences à l’unisson de Phill Niblock.

Tous ces signes référentiels sont parfaitement utilisés dans ce trio car ils ne paraissent jamais être issus de nul part. Il semble toujours y avoir une logique quant à leur utilisation, et les enchaînements de ces différents moments procurent à l’ensemble de la musique une densité réjouissante.

Ainsi donc, plus aucune revendication dans le Jazz d’aujourd’hui, ou si peu. C’est effectivement du côté des ré-éditions que l’auditeur devra se tourner s’il veut avoir un aperçu des origines révolutionnaires de cette musique plurielle. Dans Freedom, une compilation parue récemment et qui retrace les épopées musicales liées au mouvement des droits civiques aux Etats-Unis dans les années 60 et 70, le même Oliver Lake nous montre une facette bien plus sauvage de sa personnalité: bruits de jungle, percussions africaines, et atmosphère orgiaque envoûtent cette session enregistrée en 1971.

La présidence d’ Obama sera-t-elle celle qui aura fait fusionner indiciblement les musiques expérimentales blanches avec le Jazz ? Observez bien, il semblerait que ce soient les noirs américains, dans ce cas-là, qui aient fait le premier pas, dès les années 70–80 déjà, avec Oliver Lake, Anthony Braxton et bien d’autres. Et tant pis si John Cage estimait que le Jazz était sans aucun intérêt.

Jean-Christophe Huguenin, de Vague Dj .