le coin des coccinelles – Chroniques de Cujeon





Le 22 janvier prochain, Cujeon fêtera les 10 ans de la disparition de Soeur Florette. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours exceptionnel d’une des personnalités les plus populaires de notre région. Née en 1950 dans une famille de métayers de la région d’Ourbic, Florette Bécusson se sent très vite appelée par Dieu. A […]

Le 22 janvier prochain, Cujeon fêtera les 10 ans de la disparition de Soeur Florette. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours exceptionnel d’une des personnalités les plus populaires de notre région.

Née en 1950 dans une famille de métayers de la région d’Ourbic, Florette Bécusson se sent très vite appelée par Dieu. A l’âge de 19 ans, délaissant son métier de couturière, elle quitte son village natal de Fléchy pour s’établir à Cujeon où, elle e ntre pour ne plus jamais le quitter, au couvent Saint-Anastase. Au risque d’aller à l’encontre de l’image d’Epinal, les premières années de Florette au couvent furent un vrai calvaire.

On aura sûrement peine à croire que celle que les Cujennoux surnomment affectueusement «Sa Madone des 3 chaînes » fut à 2 doigts de rendre sa voilette tant elle se désespérait de ne pas trouver sa place parmi les autres soeurs.

Et pourtant, les archives du couvent l’attestent: en dépit d’une foi sincère, Florette Bécusson était d’une rare maladresse.

Pour la seule année 1971 on ne répertorie pas moins de 20 incidents imputables à la malheureuse. A titre d’exemple, on citera «L’apocalypse du 2 mars», où voulant déboucher un évier, Florette fit appel à un exorciste, mais aussi «le scandale du 24», ou dans un effort pour égayer le couvent le soir de la Nativité, Florette Bécusson coiffa d’un bonnet de père noël la statue de Saint-Adhémar.

Si « Sainte téléréseau » ne fut pas renvoyée purement et simplement à ses dés à coudre, c’est en grande partie grâce à la bienveillance de la mère supérieure. En effet, cette femme admirable ne cessa de croire en sa protégée, quand bien même celle-ci mit accidentellement le feu à un mendiant en lui servant une soupe. Hélas, bien que reconnaissante envers la mère supérieure, Florette souffrait de sa condition « de boulet ».

Tous les soirs, alors que les autres soeurs s’octroyaient un moment de détente en entamant une partie de Trivial Poursuit «Edition Vatican II», Soeur Florette, exilée dans la chapelle, priait ardemment le Seigneur de lui accorder au moins une tâche qu’elle puisse accomplir sans compromettre la réputation du couvent.

Le Seigneur qui sait écouter une plainte lorsqu’elle est sincère, exauça la bienheureuse en faisant se décrocher, un soir, le gros crucifix en fonte qui s’écrasa sur sa tête…

Après 3 semaines d’un coma profond, Florette se réveilla. La mère supérieure qui l’avait veillée jour et nuit, s’enquit de son état. Florette lui répondit par des borborygmes gutturaux faisant croire dans un premier temps à une possession du Malin. Un exorciste fut rapidement dépêché et son verdict fut sans appel ; la malheureuse n’était pas possédée, elle était juste devenue conne…

La mère supérieure prit la malheureuse en pitié, et plutôt que de l’envoyer dans un asile pour sidérés, décida de la garder au couvent, l’assignant à des tâches subalternes. Tâches que la brave Florette accomplit, ma foi, du mieux qu’elle pouvait.

Un jour que la mère supérieure, depuis son office, regardait Florette laver un savon, il lui sembla reconnaître quelques mots comme «Sanyo» ou «Toshiba» dans la bouillie sonore que la sidérée marmonnait. En prêtant une oreille plus attentive, la religieuse eut bientôt la révélation qui allait définitivement asseoir la légende deFlorette Bécusson.

Il faut savoir qu’à la même époque, un événement considérable allait se produire: Après 2 déculottées successives, le FC Cujeon allait enfin
pouvoir prendre sa revanche sur le Sporting de Valençolles…

Dans l’espoir de suivre cet événement historique dans les meilleures conditions, des centaines de Cujennoux décidèrent de s’équiper en téléviseurs couleurs. La mairie de Cujeon, submergée par les commandes de ses administrés, écouta l’avis d’un employé du service des sinistres qui, faisant miroiter une importante économie, conseilla de commander les précieux appareils directement au Japon, plutôt que de passer par un détaillant de la région. Cette proposition fut votée à l’unanimité, et une semaine plus tard, les postes furent livrés sur la place du village de Cujeon.

Malheureusement, l’euphorie céda rapidement la place à l’abattement, puis à la rage, quand les centaines d’acheteurs s’aperçurent que le mode d’emploi ne comportait qu’une seule langue; le japonais !

Au moment même où l’employé du service des sinistres, barricadé dans la salle de conférence de la mairie, tentait d’échapper à la folie meurtrière des villageois, la mère supérieure prit soeur Florette par la main et l’emmena dans le réfectoire du couvent où trônait, tel un défi au bon sens, le téléviseur nippon.

Sitôt le mode d’emploi en main, Soeur Florette se mit à bidouiller avec une rare dextérité l’appareil récalcitrant, et en moins de temps qu’il n’en faut à une cuillère à pot pour dire; «2 coups !», la pelouse du stade de la Rosace apparut à l’écran !

Miracle ! du couvent à la mairie, la rumeur enfla: Cujeon avait trouvé sa bienfaitrice !

La foule en liesse porta pendant 3 jours Soeur Florette en triomphe dans les rues de Cujeon (oubliant par la même occasion de regarder le match), et c’est ici que la légende prend le pas sur la biographie…

Que cette vie exemplaire puisse servir d’allumette dans la nuit d’une jeunesse aveugle !