La pop anti-pop d’une vraie Lady mancunienne





Rare femme à avoir forcé le bastion testostéroné du label Warp, LoneLady trace la route solitaire d’une pop tranchante, énergique et glacée. Nostalgie controversée pour cette native de Manchester qui a nourri sa musique des ascendances du punk-funk de Gang of Four, du jeu acéré du guitariste de PIL Keith Levene, du rock élégant de […]

Rare femme à avoir forcé le bastion testostéroné du label Warp, LoneLady trace la route solitaire d’une pop tranchante, énergique et glacée. Nostalgie controversée pour cette native de Manchester qui a nourri sa musique des ascendances du punk-funk de Gang of Four, du jeu acéré du guitariste de PIL Keith Levene, du rock élégant de Echo & The Bunnymen ou encore de l’austérité fragile de Joy Division.

En février 2010 paraît Nerve Up, premier album de la mancunienne Julie Campbell aka LoneLady. Album reçu par autant de détracteurs que de suiveurs. Des détracteurs qui, sans pouvoir distinguer l’influence de la redite, crient sans juste titre au passéisme quand ce n’est pas au pastiche. Des détracteurs à la misogynie à peine voilée qui finissent presque systématiquement par réduire le propos à une vulgaire comparaison capillaire avec son antihomologue La Roux…

Des suiveurs qui saluent un passage de relais qu’aucun Ersatz de toute la vague néo post-punk de la décennie 00 n’a jamais su reprendre dignement, interchangeable et anecdotique jusqu’à l’arrivée sobre et gracieuse de cette productrice-guitariste-chanteuse. Fidèle à l’ancienne cité industrielle, LoneLady se tient volontairement à l’écart du star system londonien et du glossy revival eighties.

Elle édite dès 2005 quelques singles restés confidentiels avant d’être approchée en 2008 par les Wire qui lui proposent la première partie de leurs dates anglaises. 2008 verra aussi la signature de LoneLady sur Warp qui prouve que les vingt ans du label ne donne aucun signe d’épuisement, mais affirme une énergie inaltérée pour la découverte d’artistes aux univers très différents, mais tous marqués d’une intégrité et d’une personnalité unique, trop rare.

Julie Campbell se construit parallèlement son propre studio dans lequel elle produit «Nerve Up» avec peu de moyens, mais s’entourant de précieux musiciens et alliés: Guy Fixsen, connu pour avoir produit Stereolab, My Bloody Valentine et The Breeders, co-produit «Nerve Up» et signe les claviers, et Rob Ellis, batteur de Pj Harvey sur ces deux premiers albums. L’album, dont la pochette rappelle celle de «Low-life» de New Order, délivre 10 titres ascétiques au minimalisme tranchant dont le groove n’est pourtant jamais dénié. Jeu de guitare angulaire, voix directe et hachée, claviers et effets justement dosés, percussions saccadées. Véritable hymne intemporel au Manchester d’avant la Acid House, c’est le titre « Marble » qui vous convainc qu’il y a chez LoneLady plus qu’une nostalgie arriviste et à peine convaincue…

Si légitimation il fallait, à l’exception de celle de son public, elle viendrait de Paul Morley, chroniqueur au NME de 1977 à 1983 (celui donc qui a vu naître, croître et s’épuiser le Post-Punk) qui écrit dans le Guardian du 22 janvier 2010: «Elle aurait pu être «Fac 17» [Factory Records éditait toutes ses parutions selon l’abréviation Fac suivi du numéro de la sortie] ou elle aurait pu chanter aux côtés de Section 25 ou rencontrer Blue Orchids au fond d’une salle de cinéma projetant «Existenz».