L’interview du Salopard





Dez Mona A l’occasion de la sortie de leur dernier album «hilfe kommt» et de leur troisieme passage au bourg, nicolas rombouts, moitie de dez mona, s’entretient avec le Bourg: le nouvel opus, leur collaboration avec le producteur rustin man, ex-bassiste des talk talk, shakespeare, les sushis, le mythique studio ipc a bruxelles, l’avenir. Le repas parfait avant de monter sur scene ? Mais quelle question a la […]

Dez Mona

A l’occasion de la sortie de leur dernier album «hilfe kommt» et de leur troisieme passage au bourg, nicolas rombouts, moitie de dez mona, s’entretient avec le Bourg: le nouvel opus, leur collaboration avec le producteur rustin man, ex-bassiste des talk talk, shakespeare, les sushis, le mythique studio ipc a bruxelles, l’avenir.
Le repas parfait avant de monter sur scene ? Mais quelle question a la con… parce que la cuisine japonaise traditionnelle, c’est sur que c’est pas dans nos cordes…

Dez Mona se forme en 2003 autour de Gregory Frateur à la voix et de toi-même à la contrebasse, avant de passer au quintet pour le deuxième album et de finalement s’élargir encore pour «Hilfe Kommt». Qu’est ce qui a motivé Dez Mona à passer du duo au septet?
En jouant en duo, on entendait déjà les mélodies et les sons qui pouvaient apparaître entre la note grave de la contrebasse et la voix. Pour nous, la basse et la voix étaient l’essentiel de notre musique et entre ces deux éléments, l’espace musical pouvait se remplir dans la tête de chaque auditeur. A un certain point, on a décidé de laisser s’échapper cette musique intérieure, aussi parce qu’on avait rencontré les musiciens qui avaient la personnalité pour le faire.

«Hilfe Kommt» sonne comme un titre un peu «énigmatico-messianique». Qu’est-ce qui se cache derrière ?
Le titre vient d’un ascenseur dans un hôtel à Berne. Il y avait un bouton d’alarme avec l’indication «Hilfe kommt», à actionner en cas de panne. L’idée d’avoir un bouton dans ta vie que tu peux presser lorsque tu as besoin d’aide est très inspirante. Pour nous, ça appelait aussi l’idée de choix, du choix personnel. L’esprit de l’album tourne autour du choix. Tu ne sais jamais si tu fais le bon, mais le plus important reste d’en faire un.

Les textes de Dez Mona parlen beaucoup d’amour, de foi et de désespoir et votre musique est très mélodique et émotionnelle. Même quand le rythme d’un morceau s’emballe les ambiances restent très sombres. La musique n’est-elle que sentiments? Des sentiments torturés?
«Hilfe Kommt» est un album avec beaucoup de relief. Il y a beaucoup de cordes, de violoncelles, de mouvements sonores. C’est noir, mais jamais simplement noir. Pour moi, il y a toujours des cordes, des sons – même un détail – dans une chanson qui donnent une dimension nouvelle à la musique.

Gregory et toi semblez, depuis le début de votre collaboration, partager une profonde et véritable dynamique créative. Au niveau des compositions, qui fait quoi?
Gregory écrit les textes. J’en ai proposé un pour le titre Jack’s Hat et Gregory a fini par l’écrire… De mon côté, j’amène les lignes de basse, le piano, des pistes rythmiques. Parfois Gregory propose des accords au piano. Ce n’est par contre jamais clair au niveau de l’impulsion de départ: parfois on commence avec des textes, d’autres fois avec une ligne de basse.

Est-ce que les musiciens additionnels participent à ce processus ou continuez-vous à composer exclusivement en duo?
Les autres musiciens sont très importants pour nous. Ils embellissent et enrichissent un morceau. On a nos propres idées bien qu’ils restent seuls maîtres de leurs instruments. Mais au fond, l’esprit de chaque chanson vient de Gregory et de moi-même. C’est notre relation qui détermine le processus créatif. On est parfois impossibles ensemble. On a une relation très complexe, faite d’amour et de haine. Cela doit être très personnel pour arriver là où nous en sommes aujourd’hui.

Vos deux premiers albums ont été enregistré en live, qu’estce qui vous a décidé à entrer en studio pour «Hilfe Kommt»?
Je ne voulais pas me limiter dans les arrangements musicaux. Tout devait être possible et pour cela, on devait travailler en overdub pour construire les titres. Il fallait les moyens du studio pour pouvoir le faire à la façon dont on l’entendait. Enregistrer avec des micros vintages, sur bande et ensuite à l’aide du numérique pour la finalisation et le mixage. Utiliser le meilleur des deux univers.

Paul Webb aka Rustin Man, ex bassiste de Talk Talk produit l’album. Peux-tu nous en dire plus sur ce choix et cette collaboration?
Avec Paul Webb, le mot central était le son. On l’a approché parce qu’il laisse sonner les instruments acoustiques comme s’ils n’en étaient pas, sans les faire sonner non plus comme des instruments électroniques. On a déjà une identité musicale, c’était clair pour lui aussi, mais on cherchait encore notre son. Dans ce sens, la collaboration a été idéale!

Vous vous êtes infligés beaucoup de pression en une seule fois! Une première en studio (et pas des moindres: le studio IPC à Bruxelles et son mythique technicien Phil Delire (Bashung, Lavilliers, Urban Dance Squad, Nougaro, The Cure)) et sous l’oreille avisée d’une légende. Comment vous avez géré?
Etre convaincu! On adore aussi ce type de pression. On a besoin d’adrénaline, du sentiment qu’on doit battre les éléments.

Paul et Phil Delire ont été merveilleux. Ils étaient très relax, parce qu’ils ont beaucoup d’expérience. Et Gregory et moi en avons avec notre musique, alors ça compensait bien (il rit)…
Paul est devenu un ami intime. Je lui ai rendu visite cet été encore. Il travaille comme un fou sur son propre album… depuis 5 ans! C’est un perfectionniste.

Qu’est-ce que cette collaboration a amené de plus ou de différent à votre travail?
Le son, naturellement. On a enregistré sur bande, on a utilisé beaucoup de vieux micros et beaucoup de micros tout court. La batterie, par exemple, on l’a enregistrée avec dix-neuf micros pour avoir un vaste choix sonore après.
On pouvait vraiment laisser vivre le son et pour moi, cela donne à l’album une dimension unique!
La collaboration a apporté aussi une sorte de chaleur positive. Les relations avec Paul, Phil et le reste du studio étaient si bonnes que ces amitiés ont eu une forte influence sur le mood de l’album. C’est peut-être noir, mais jamais déprimant je trouve.

D’où vient le nom Dez Mona?
Ça vient de Desdémone, une figure dans Othello de Shakespeare. Une figure tragique qui est trahie et tuée par son amant. C’est dramatique, mais nécessaire aussi.
Nombre de chroniques musicales essaient de définir votre musique.

On vous compare parfois à Nick Cave, Anthony and The Johnson, Beth Gibbons ou encore Rufus Wainwright. D’autres se perdent en évoquant une musique pop-jazz-rock-gospel-expérimentale-Spiritual! Difficile de vous ranger à un genre! Cela nous faciliterait la tâche si vous pouviez évoquer vous-mêmes vos influences et définir Dez Mona!
Il y a deux sortes de musiques. La bonne et la mauvaise! Duke Ellington a dit ça et je suis d’accord avec lui. Je ne crois pas en des styles. Pour moi, il n’y a pas de genres qui soient meilleurs ou pires que d’autres. Avec Dez Mona, les influences viennent du bon Gospel, de la musique électronique, de Flying Lotus, de Nick Cave, de Charlie Haden, du Noise comme celui de Sonic Youth, de Steve Reich, de John Cage, de Strauss, de Nina Simone, de D’Angelo, de Brian Blade, de Caruso, de Samuel Barber, de Neil Young, …
La musique est sans fin.Dez Mona c’est de la musique personnelle. J’ai mes raisons pour jouer cette musique. Chacun peut reconnaître des influences et une narration différentes dans notre musique. Tout le monde a raison! No genres, only music!

Peux-tu nous dire quelques mots des projets à venir pour Dez Mona?
Tout d’abord une tournée en Belgique, orientée vers les théâtres avec la musique du troisième album, mais avec d’autres arrangements. La musique doit rester vivante. On a aussi un projet plus baroque pour 2011. Ça s’appellera Saga. Ça sera très narratif, très féérique. Des ballades, des pièces instrumentales accompagnées de harpe. On l’enregistrera.
Suivra en 2012 un album plus dans la lignée de «Hilfe Kommt». Les chansons sont déjà écrites et traiteront de la vie, de la mémoire, de la lutte entre l’âme et la raison. On travaillera sur les deux albums en même temps.

On dit que «Nul n’est prophète en son pays». Comment expliques-tu le succès et la reconnaissance systématique de la critique belge et de sa scène musicale pour Dez Mona?
Je ne sais pas… On essaie de rester pur dans notre musique. C’est peut-être ça…

Dez Mona va jouer pour la troisième fois sur la scène du Bourg. Une impression? Un souvenir? Une anecdote?
C’est une salle absolument formidable! L’acoustique, les lumières et l’atmosphère sont uniques. Vieux, mais pas sans modernité.
La dernière fois qu’on a joué au Bourg, quelqu’un était venu de Lyon spécialement pour nous.
Merci!

Quel est le repas parfait avant de monter sur scène?
Sans doute la vraie cuisine japonaise. Udon Tempura, Edamame, … et du Sushi frais. Et votre été, sympa? On a joué dans plusieurs festivals belges cet été. Very nice! Gregory est beaucoup à Berlin où il loue un appartement pour y travailler ses textes. Et moi, je suis à la recherche de micros et de preamp. pour l’enregistrement du prochain album de Dez Mona. Toujours plein de choses à faire…

Propos recueillis par M.J.