L’interview du Salopard – Manuel Oberholzer





L’union de l’expérimentation et de l’innovation électronique Made In Switzerland… D’avril à juin le « Dope Crackers Tour» met les petits plats dans les grands en réunissant Feldermelder et Bit-tuner en live, Nik! en dj set – ce tout musical accompagné du Vj set du collectif .suffix. Echange électronico-épistolaire avec Manuel Oberholzer aka Feldermelder qu’on […]

L’union de l’expérimentation et de l’innovation électronique Made In Switzerland…

D’avril à juin le « Dope Crackers Tour» met les petits plats dans les grands en réunissant Feldermelder et Bit-tuner en live, Nik! en dj set – ce tout musical accompagné du Vj set du collectif .suffix.

Echange électronico-épistolaire avec Manuel Oberholzer aka Feldermelder qu’on remercie chaudement d’avoir pris la peine de répondre à nos questions dans un français sans équivalent à la pauvreté de la maîtrise de l’allemand des Romands…


Comment le projet de cette tournée printanière unissant Feldermelder et Bit-Tuner est-il né?

Je pense que c’est une discussion que j’ai eu avec Bit-Tuner avant qu’il ne parte à New York qui en est à l’origine. On s’était dit qu’il fallait faire quelque chose ensemble. On est ensuite resté étroitement en contact durant son séjour. Mais je pense que tout a commencé sérieusement avec Nik! en Janvier quand j’ai joué à la Hohlstrasse à Zürich. Après, c’est allé très vite.


Est-ce la première fois ou aviez-vous déjà eu l’occasion de partager la même affiche?

Si je me trompe pas nous avons joué ensemble dans quelques festivals. Au Kilbi et au Stonehill. Mais jamais en package ou consciemment. Pour dire que la scène Suisse est tellement petite, qu’on est assez proche musicalement, et que l’on connaît la musique de l’un et de l’autre depuis 10 ans, notre premier contact ne date pas de longtemps. Très bizarre.


Vous avez les basses, les beats et des atmosphères sombres en commun et ce qu’on a pu avec arrogance dans les années nonante nommer l’IDM (Intelligent Dance Music) dans la foulée des productions du label WARP dès 1987.

Aujourd’hui on pourrait plutôt dire – de manière moins creuse et abusivement élitaire – qu’on vous retrouve tous les deux sous la bannière de l’Electronica, du Glitch, du Stomping Beat et en plus du Dubstep pour Bit-Tuner.

En dehors de ces affinités musicales de base, que partagez-vous d’autres en commun, Bit-Tuner et toi-même?

Alors, je n’ai jamais aimé le mot IDM, ça met des valeurs qui n’existent pas dans la tête des gens. Et je trouve que ça n’a jamais décrit justement ce qu’il s’est vraiment passé dans cette scène à l’époque.

Mais oui, je pense que nous, ainsi que beaucoup d’autres musiciens d’aujourd’hui sont plus ou moins consciemment influencés par ce qu’il s’est passé autour de Warp, Skam, Planet Mu, Expanding ou d’autres labels. Malheureusement le mot Electronica ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui.

On a peur pour le monde quand on écoute les disques classés sous ce genre. En dehors de la musique électronique  nous  écoutons beaucoup de genres différents. Pour les deux du Hip Hop (Bit-Tuner avec Göldin) et de mon côté, beaucoup de musique bizarre, cryptique faite sur des bandes.


Comment vous vous êtes connus?

Comme je l’ai dit plus haut, on aurait dû se connaître depuis un moment! Mais on s’est raté pendant dix ans.  Tout le monde pensait qu’on  se conaissait depuis des années, alors personne ne nous a jamais présenté.

Alors même que nous partageons un grand cercle d’amis communs. On s’est vraiment rencontrés il y a un an et demie alors que je mixais dans une soirée à Zürich. On a longuement discuté, et voilà, aujourd’hui le Dope Crackers Tour.

Un split EP  intitulé « Dope Crackers » vous réunissant tous les deux vient de sortir sur le mini label Hula Honeys, géré entre autre par  Nicholas Schärer aka Nik! qui assure les dj sets qui suivent vos lives sur la tournée.

Est-ce la sortie de ce split qui a initié la tournée ou est-ce la tournée qui a motivé la parution de ce maxi?

C’est la tournée qui a motivé la parution. Mais c’était assez simultané. Kay de Trepok et Nik étaient les deux très chauds et motivés dès qu’on a annoncé qu’on ferait cette tournée. Tout s’est enchaîné très vite et ça sortira effectivement sur Hula Honeys au moment de la tournée.


Est-ce que cette tournée helvétique et la parution de “Dope Crackers” sur Hula Honeys annonce un projet commun futur entre Feldermelder et Bit-Tuner?

On ne sait pas encore. Bit vient de rentrer de New York, et je vais moi-même y aller quelques temps. Je pense que c’est quelque chose qu’on va  aborder pendant les heures d’attente dans les backstages des clubs qui vont nous accueillir. On a déjà parlé de faire une tournée “Dope Cackers” européenne durant l’automne prochain.


Deux lives, un dj set et un collectif de VJs pour habiller les sons. C’est un véritable all in one que vous proposez aux clubs et salles de concert. Pourquoi avoir invité un collectif de VJs sur la tournée?

On voulait avoir un package total ou nous contrôllions tout le visuel et le son et qui nous permettrait d’avoir l’atmosphère désirée: du 100% Dope Cracker Feeling.


Peux-tu nous dire quelques mots de SUFFIX et de leur performance sur la tournée?

En général, je ne travaille qu’avec des gens passionnés. Des gens qui rêvent et s’accomplissent dans leur passion. Et quand on fait un détour par leur site (suffix.tv), on est plongés dans un monde d’animation, de dessin, de programmation et d’art. Il semble qu’ils ne font rien d’autre!


L’orientation de leur VJ set est-elle le résultat d’un dialogue entre vous (musiciens) et eux (artistes visuels) ou est-ce que vous leur avez donné une carte blanche à l’occasion du « Dope Crackers Tour »?

Il y a plusieurs parties où ils sont plus ou moins libres. Mais ils savent exactement quelle atmosphère nous voulons créer avec notre musique et comment l’image doit être utilisée pour nous trois. On se connaît très bien.


Leur formule va évoluer d’une date à l’autre ou est-ce que leur performance visuelle sera la même sur chaque date?

C’est un collectif très basé sur le live.  Ils vont  donc, sauf à quelques moments clés, changer tous les soirs, tout en restant dans un univers défini. Après il faudra   s’adapter aux différentes salles et aux différents sets que nous allons jouer.


Après un premier album « The Echo Circus » paru en 2008 sur Spezial Material, 2011 verra la sortie de « Henricks Fishing Catapult »  sur Everest Records.

Que peux-tu nous dire de ce deuxième album de Feldermelder, ton projet solo où tu œuvres en homme-orchestre entre matériel digital et analogique?

Hmmm. Alors avant l’album je vais encore sortir en avril un 7 inch sur un nouveau label bernois Luana Records. Avec deux tracks assez dancefloor. L’album par contre est un tout autre monde. Ma musique s’est transformée en une sorte de groove hypnotique sans quantification réelle, avec des beats moins transparents , mais plus physiques. Comme s’il y avait un voile cachant quelque chose sur toute la track. Ou ça m’a conduit, vous pourrez l’entendre à la sortie de l’album.


En plus de tes productions pour Feldermelder, tu as remixé de nombreux artistes dont Mochipet, Sinner DC, Scrubber Fox… Qu’est-ce qui te plaît dans cette autre vie que tu donnes à des productions originales dont tu n’es pas à l’origine ?

C’est fortement intéressant à differents niveaux. On reçoit d’abord des impressions de la construction d’une track de quelqu’un d’autre par petits bouts.

On entend exactement comment chaque petit beat ou ligne de synthés ont été produits. Et puis j’aime bien réarranger et rejouer des morceaux dans des nouvelles versions. Mais j’aime toujours entendre l’idée de base. Je pense que les covers ont toujours été présentes dans toutes les scènes musicales. Le remix est une approche très contemporaine.


L’autonomie et la solitude des productions solos ne paraissent pas satisfaire complètement ta créativité et ton besoin d’expression puisqu’en plus de Feldermelder on te retrouve dans plusieurs autres formations comme Black Cargoes, Deconstructing Drumboys ou encore FM Grand Trio.

Le besoin d’expression n’est peut-être pas  la seule chose qui me pousse à jouer dans plusieurs ensembles. Mais surtout de pouvoir faire des choses qui, tout seul, seraient impossibles ou n’offriraient pas la même énergie au public.  On ne peut pas tout faire tout seul. Et je ne pense pas que je ferais la musique que je fais aujourd’hui sans ce que j’ai appris en jouant en groupe.

Et partager c’est beau des fois…


Black Cargoes est le groupe que tu as formé avec ton frère en 2005 et qui navigue entre un rock sombre et harmonique et tes expérimentations électroniques. Déjà deux albums dont le dernier en date « GLASS » paru fin 2008 et une belle critique.

Quelle est la place de Black Cargoes dans ton parcours musical et le groupe prévoit-il une prochaine troisième sortie?

Le groupe a été créé par mon frère. Je l’ai intégré avant qu’on ait enregistré le premier EP. Je ne sais plus exactement quand c’était… Le groupe est continuellement en transformation.

Depuis 2 ans, nous sommes quatre et nous prévoyons un nouveau projet pour la fin 2011. Je pense d’ailleurs que nous nous sommes pas mal distancés de nos dernières productions musicales.


J’ai eu plus de difficultés à trouver des informations concernant tes autres projets parallèles.Aucune sortie pour Deconstructing Boys et FM Grand Trio.

Ces deux groupes sont-ils plutôt des projets live?

Deconstructing Drumboys a d’abord été conçu pour des festivals d’art ou des événements de ce type. Nous sommes six sur scène et il nous faut des heures et des heures pour monter des bricoles. Nous avons l’intention d’enregistrer, mais ça ce discutera  à l’occasion de nos prochains concerts cet été.

FM Grand trio c’était un projet, entre autre, créé pour le live. Un de mes projets dédié à jouer de l’électronique sans enregistrement de boucles préalables. Tout se fait en temps réel.


Le « Dope Crackers Tour », la sortie de ton album, et après ça? Des vacances? D’autres projets pour 2011?

Plusieurs projets. Nous sommes en train de monter une tournée en Asie avec Oy et Leo de Creaked Records.

Fin Août, je vais faire une collaboration avec une artiste Ukrainienne dans le cadre d’un projet d’échange de Pro Helvetia. Et puis vers la fin de l’année je vais passer du temps à New York et enregistrer quelque chose là-bas. Pas de vacances.


Quelle est l’histoire et la signification de ton pseudo « Feldermelder » ?

C’était une track Folk de mon frère qui s’appelait comme ça quand on était très jeunes. Et puis un jour j’ai eu l’opportunité de jouer au Bad Bonn, mais je n’avais pas de nom. Et Düx, du Bad Bonn attendait à l’autre bout du fil. J’ai vu une cassette avec ce nom dessus. Et voilà. En fait, ça a plusieurs sens en allemand, et je trouve que cela correspond bien à ce que je fais. Même si je trouve que chaque nom de groupe sonne jamais très bien au début.


Et enfin, le repas idéal avant de monter sur scène?

Quelque chose de bon qui n’a rien à faire avec du poisson et qui a lieu au moins 3 heures avant que je joue.


Propos recueillis par M.J.

www.myspace.com/feldermelder

www.myspace.com/bittuner

www.myspace.com/hulahoneys

www.suffix.tv/