L’interview du Salopard





Bobby Conn & «The Burglars» Bobby Conn qui se produira sur la scène du Bourg le 19 novembre avec sa nouvelle formation «The Burglars» s’est généreusement prêté au jeu de l’interview du Salopard. Sa tournée en Europe aura un contenu spécifique puisqu’il va non seulement jouer de nouveaux morceaux, mais également l’entier de son deuxième album «Rise up!» dont la réédition sur Fire Records est prévue pour […]

Bobby Conn & «The Burglars»

Bobby Conn qui se produira sur la scène du Bourg le 19 novembre avec sa nouvelle formation «The Burglars» s’est généreusement prêté au jeu de l’interview du Salopard. Sa tournée en Europe aura un contenu spécifique puisqu’il va non seulement jouer de nouveaux morceaux, mais également l’entier de son deuxième album «Rise up!» dont la réédition sur Fire Records est prévue pour cet automne. Bobby Conn est un vif représentant de la scène musicale indépendante de Chicago. Celles et ceux qui viennent à écouter pour la première fois ses compositions n’en sortent pas indemnes, et il le dit lui-même: «dérouter le public est l’unique moyen de ne pas s’ennuyer». S’il y a un concert à ne pas manquer cette année, c’est bien celui-là. Car si ses albums aux arrangements bancals et aux harmonies improbables frôlent la perfection musicale, sa performance burlesque sur scène risquera certainement d’altérer notre santé mentale, aux sons d’une pop bubblegum, d’un rock progressif radioactif ou encore d’un jazz défroqué. Au rendez-vous donc: schizophrénie et mégalomanie. Parole de Salopard.

Bonjour Monsieur Bobby Conn.
Comment allez-vous?

Je vais très bien merci!

Ces dernières années, «The Glass Gypsies» se produisaient avec vous, et cet automne vous êtes en tournée avec une nouvelle formation «The Burglars» (les cambrioleurs). Qui sont «The Burglars»? Une anecdote sur le nom de ce groupe?

L’an dernier, à Halloween, nous avons joué notre premier concert sous le nom des «Burglars». Pour une quelconque raison, je souhaitais que nous portions des masques de bandits. Nous aurions dû nous appeler «The Bandits», mais j’ai pensé que «The Burglars» était un mot plus cocasse. C’est juste un mot dont la prononciation est drôle. Mais cela peut aussi faire référence au fait que j’ai volé chacun des musiciens à leurs groupes. Nous sommes des mercenaires de haut niveau, tout comme «The A Team». Je suis Mr. T.

Quand va sortir votre nouvel album? Pouvez-vous nous en toucher un mot en avant-première?

Notre principale sortie de cet automne sont les rééditions sur Fire Records de «Rise up!» et «Bobby Conn», mon premier album. Ca sera de beaux coffrets, avec des morceaux bonus, un chouette livret, etc. C’est un peu étrange d’être sur la scène musicale depuis suffisamment longtemps pour que des choses soient rééditées, mais d’avoir réécouté ces deux albums, en particulier «Rise up!», j’ai réalisé combien ils étaient encore pertinents en regard de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui. L’empire est véritablement en train de sombrer.
J’espère juste qu’on va pas s’en prendre plein la gueule. D’un point de vue musical, je pense que ces deux albums tiennent encore bien la route; c’était très amusant de rejouer en live tous les morceaux de «Rise up!». Par rapport aux paroles, je suis très fier d’avoir inventé le «Continuous Ca$h Flow System» en 1996 qui a rapidement été adopté par tous les principaux banquiers et financiers de Wall Street. Bien sûr que je porte aussi la responsabilité du crash de 2008. Sur «Rise up!», j’avais prédit la montée de la Droite chrétienne alliée à l’État sécuritaire américain au service des entreprises. J’aurais souhaité que mes prédictions et créations ne soient pas si précises, mais hé! au moins mes disques font toujours danser joyeusement. Un album avec de nouvelles productions sortira au printemps 2011, et lors de notre tournée, nous allons jouer la plupart des nouveaux morceaux, ainsi que l’album «Rise up!» en son entier.

Est-ce que la pochette de votre nouvel album sera illustrée, tout comme vos autres albums?

Absolument. Je suis fan des pochettes old school! Rien n’est encore fait; l’inspiration artistique me vient toujours après que l’album soit terminé.

Une de vos nouvelles chansons que l’on peut d’ores-et-déjà découvrir sur Youtube, s’appelle «The Truth». Comme vous êtes décrit dans la presse comme quelqu’un qui aime jouer avec la vérité (Bobby Conn se serait découvert être l’Antéchrist alors qu’il était incarcéré dans une prison fédérale du Maryland), de quoi parle cette chanson?

Ha! Oui, là je crains d’y avoir été un peu fort! Mais surtout, je suis surpris par le haut degré d’attente et de crédulité des gens vis à vis de leurs idoles. Pour moi, toute la question de la performance musicale ou scénique est d’être un peu plus que ce que l’on est au quotidien, le temps d’un instant. Par ailleurs, je n’ai pas le sentiment d’être quelqu’un de très spécial. «The Truth» est une chanson pour nous faire danser lors de notre dernière nuit sur terre. Mais on peut très bien l’apprécier tant que nous sommes encore là!

De nos jours, l’industrie du disque souffre à cause des sorties digitales et des ventes en ligne. De ce fait, est-ce que sortir un nouvel album en 2010 change quelque chose pour vous? Avez-vous pensé à des stratégies?

Je fais de la musique depuis assez longtemps pour comprendre qu’il n’a jamais été aisé d’être musicien, pour personne! Les nouvelles technologies sont mauvaises pour les compagnies de disques, qui sont encore habituées à travailler comme auparavant. Par contre c’est bien pour les musiciens qui veulent enregistrer leur album plus rapidement et à moindre coûts. Mais cela ne permet pas de composer ce que les gens ont envie d’entendre de manière plus simple ou plus difficile. La musique change sans cesse et les gens sont toujours intéressés par de nouveaux sons; c’est ce qui rend mon travail passionnant. Ce qui m’intéresse c’est de voir combien Internet rapproche les gens instantanément tout en les gardant isolés et indépendants physiquement. Mais ça c’est une autre histoire.

Vous collaborez avec de nombreux musiciens et groupes, comme Monica Boubou, Jim O’Rourke, The Glass Gypsies et Mahjongg par exemple. Qu’est-ce qui vous motive à inclure tant de personnalités différentes dans vos projets? Sont-ils uniquement des musiciens additionnels ou participent-ils au processus créatif?

Tout le monde participe, bien sûr! A quoi cela servirait de travailler avec d’autres musiciens si je ne leur laissais pas faire ce que je ne sais pas faire, si je ne les autorisais pas à exprimer leurs propres idées? J’ai toujours travaillé avec des musiciens qui faisaient ce que je ne savais pas faire, et j’ai appris énormément grâce à eux. Je suis intéressé par faire de la musique qui pousse chacun à la frontière de ses capacités, et non pas de juste jouer de manière confortable.

Quelle impulsion vous a poussé à enregistrer votre album «Live Classics Vol 1» sorti en 2005 avec «The Glass Gypsies»? Est-ce qu’il y aura un «Live Classics Vol 2»?

J’adorerais faire un «Live Classics Vol 2» avec «The Burglars». On doit juste faire encore un peu de route ensemble pour être aussi mordants que les «Glass Gypsies». Ce groupe avait vécu beaucoup de choses et je voulais capturer un peu de la furie acoustique dégagée lors de nos concerts.

Vous êtes aussi connu comme un véritable «entertainer», costumé de manière exubérante sur scène, maquillé et votre voix a une dimension vibrante et dramatique. Quand j’écoute votre musique, j’arrive toujours à vous visualiser. Comme si vous étiez sur scène. Et je pensais… Deux ans après avoir sorti «Live Classics Vol 1» vous vous êtes produit pendant un mois en live dans un petit club de Chicago comme répétition pour l’enregistrement de «King For A Day». Pourquoi avoir procédé ainsi? Il semblerait que la relation entre enregistrement d’un album et la scène soit très proche et interdépendante.

Toutes les parties du processus sont une performance; je trouve les répétitions épuisantes, car je n’ai pas de possibilité d’avoir du recul. Alors je préfère explorer de nouveaux matériaux avec la collaboration d’un public afin de voir ce qui fonctionne. Je change toujours des choses dans l’avancée de mon travail. Ce qui fait que l’enregistrement d’un album est très difficile. Je préfère l’immédiateté d’un live; mes albums se finissent seulement quand je n’ai plus d’argent!

Je suis toujours surprise par la richesse et l’amplitude de votre spectre musical, comme si la musique ne devait pas exister que dans un genre. De Kurt Weill au hard rock peplum des 70’s, de Stravinsky à Frank Zappa, du glam rock à la bossa nova et aux influences jazz… Il semble que votre musique soit le reflet de notre vie contemporaine influencée par une multitude de courants musicaux et d’horizons culturels différents. Si certains artistes se bornent à faire du copié/collé, sans prendre de la distance, comment faites-vous pour rendre cela
possible, des albums qui sont, écoutes après écoutes, très contemporains?

Je l’ai déjà dit, mais je suis très vite las de la musique qui ne change pas, qui reste pareille. Je n’ai jamais été capable de faire un disque qui reste sur le même mode pour longtemps. C’est probablement une des raisons pour lesquelles je ne vends pas plus de disques. J’adore rendre confus le public, afin de ne pas m’ennuyer. Et oui, j’essaie de capturer notre culture le plus possible, à la fois d’où nous venons et où nous allons. Je veux juste divertir.

Vous avez produit des vidéos qui accompagnent les morceaux de votre album «King For A Day» avec Usama Alshaibi. Comment a débuté votre collaboration?

J’aimais vraiment ce qu’il faisait. Il pousse son travail jusqu’à la limite du tolérable, politiquement, sexuellement et visuellement. Il n’a peur de rien et a une énergie extraordinaire. J’espère que nous aurons à nouveau l’occasion de travailler ensemble.

Vos albums décrivent les absurdités de la culture occidentale contemporaine et «Homeland» sorti en 2004 est une critique de George W. Bush et son administration. Comment est la vie aux USA, à Chicago, avec Barack Obama en tant que président? Des changements?

J’ai soutenu bénévolement Obama pour qu’il gagne les élections en 2008. C’était très important qu’il réussisse parce que les choses auraient été bien pires sans lui. Mais j’ai toujours compris que notre système ne peut pas reposer sur les épaules d’une seule et même personne. Nous participons tous aux bénéfices et aux injustices de la culture occidentale. J’essaie de comprendre et de décrire ce que je vois. Cela m’aide à ne pas devenir fou et à m’empêcher de pleurer. C’est un peu triste de voir combien peu de choses ont changé. Nos prisons sont toujours aussi pleines et nous continuons à lancer des bombes à travers le monde pour tuer nos ennemis.

Quand étiez-vous pour la dernière fois en Suisse? Des souvenirs?

Mon dieu, c’était il y a pas mal d’années. Mais je me souviens d’avoir fait plusieurs concerts géniaux à la Reithalle de Berne.
J’ai toujours passé de bons moments ici.

Que pourriez-vous dire au public du Bourg qui ne connaîtrait pas votre musique et qui peut-être hésiterait à venir vous voir le 19 novembre?

Premièrement le groupe est composé de musiciens et interprètes incroyables! Deuxièmement, soyez prêt à bouger, à vous dépenser! Troisièmement si vous avez peur, je vous prendrais dans mes bras afin que vous vous sentiez mieux. Ça va être la fête!

Quel serait le plat idéal avant de monter sur scène?

Une salade et un Whisky. Je préfère manger après, en général.

Merci mille fois Monsieur Bobby Conn, ou devrais-je vous appeler Monsieur Robert Conn?

Mon nom complet est Robert Robert Conn, mais vous pouvez m’appeler comme vous le souhaitez.

Propos recueillis par I.J.M.