KOKUS YOKU SUMIRE





Opérette, musique tzigane, folklorique, cabaret, chanson japonaise, J-Pop ou visual-kei ? L a musique de Kokusyoku Sumire est un peu de tout ça à la fois. Parées de toilettes somptueuses et de coiffures extravagantes, les deux nymphes de Kokusyoku Sumire inventent une musique onirique où le lapin d’Alice au Pays des Merveilles croise mon ami Pierrot. Il était une fois Kokusyoku Sumire (Les Violettes Noires), deux jeunes […]

Opérette, musique tzigane, folklorique, cabaret, chanson japonaise, J-Pop ou visual-kei ? L a musique de Kokusyoku Sumire est un peu de tout ça à la fois. Parées de toilettes somptueuses et de coiffures extravagantes, les deux nymphes de Kokusyoku Sumire inventent une musique onirique où le lapin d’Alice au Pays des Merveilles croise mon ami Pierrot.

Il était une fois Kokusyoku Sumire (Les Violettes Noires), deux jeunes femmes tout droit sorties d’un rêve de jeune fille. Yuka, pianiste et accordéoniste à la voix de soprano, dégage une énergie communicative. Sachi, violoniste et joueuse de sifflet en forme de petit canari est une égérie du courant de mode japonais gothic lolita qui enflamme le coeur des jeunes européennes. Leur goût pour les contes, les légendes et les histoires effrayantes est leur terrain d’entente.

Mais Kokusyoku Sumire ne jouent pas dans le pathos. Si, au détour d’une chanson en japonais, elles relatent les passions qui dévastent l’âme, elles interprèteront dans la foulée une version improbable de Carmen ou une marche militaire début du siècle dernier. Leurs costumes chamarrés suivent la cadence: tantôt Petit Chaperon Rouge, tantôt Marie-Antoinette, voire kimono si l’ambiance s’y prête. La magie opère et le public s’émerveille, comme un enfant curieux qui ouvre une boîte à musique ou un coffre aux trésors.

Les Kokusyoku Sumire poursuivent la tradition des premiers explorateurs/compositeurs japonais comme Rentaro Taki ou Kosaku Yamada qui partent pour l’Europe à la fin du XIXe siècle et ramènent au Japon la musique classique moderne. Une fois adaptée en japonais, cette musique perd un peu de sa superbe en devenant plus familière, mais conserve une exquise tonalité exotique. Yuka et Sachi jouent avec cette ambiguïté et proposent une musique qui sonne délicieusement rétro pour les Japonais comme pour les Européens.

La musique des Kokusyoku Sumire semble suivre exactement la même construction esthétique que les costumes représentatifs du mouvement gothic lolita. Ceux-ci sont souvent le résultat d’adaptations (customisations) japonaises de vêtements européens d’un autre âge : jupes bouffantes, tabliers en dentelles, voilettes, mini-chapeaux, etc. Il y a un rapport évident entre cette nouvelle mode et leur musique, et l’on comprend mieux leur assimilation à ce mouvement.

Cependant il serait maladroit de les limiter à un mouvement de mode pour jeunes adolescentes. Tim Burton vient souvent les voir en concert quand il passe sur Tokyo et il semble qu’une certaine complicité se soit installée entre le réalisateur et les deux musiciennes. Sûrement leur goût partagé pour l’univers mystérieux des contes d’autrefois et les histoires sombres à la beauté gothique.