HRSTA – Non, je ne meurs pas ce soir





Séance de rédaction à l’association du Salopard. Programme d’avril. Hrsta le mardi 7. Hrsta (prononcer « Hershta ») c’est le projet de Mike Moya et Mike Moya l’un des membres fondateurs de Godspeed You ! Black Emperor, formation tête de fil de ce courant communément labellisé sans juste titre post-rock. Flashback. Il me percute comme un désagréable frisson de maladie qui file […]

Séance de rédaction à l’association du Salopard. Programme d’avril.

Hrsta le mardi 7. Hrsta (prononcer « Hershta ») c’est le projet de Mike Moya et Mike Moya l’un des membres fondateurs de Godspeed You ! Black Emperor, formation tête de fil de ce courant communément labellisé sans juste titre post-rock.

Flashback. Il me percute comme un désagréable frisson de maladie qui file le long de ma colonne vertébrale.

Je m’explique. Un soir du début des années 00, celui qui partage alors ma vie me tend un album en m’assurant que, moi qui aime tant me vautrer dans les musiques sombres et mélancoliques, et en regard de mes vieilles ascendances gothico-post-punkiennes, ça devrait me plaire.
Je dis : « Ok, fait tourner ! ».

Et c’est le méchant bad trip. U n malaise puissant qui me saisit du centre, ce centre non localisable. Dans ma tête ? E ntre mes omoplates ? Au bout de mes doigts ? Derrière mon estomac ? J’en sais rien. Je sais juste que c’est là.

Brave ou inconsciente, je laisse 30 minutes de nappes sonores s’étirer parallèlement à un état d’anxiété qui s’emballe jusqu’à ce « STOP !!! » hurlant et viscéral.

Il faut que ça s’arrête, sinon c’est moi qui m’arrête !

Trop. Trop d’effets, trop de réverbérations, trop de distorsions, trop d’amplifications, trop d’harmonies progressives, trop de guitares électriques, trop de drones et de spirales hypnotiques, trop de mélodies désespérées, impudiques.

Comme un voyage déjà achevé, à la fois suspendu et sans fin.

Et ouais… ça c’est les années nonante…

Le post-rock ? Symptomatique d’une génération x dont la jeunesse, au ban de l’économie de marché, ramasse les miettes d’un état social parti en vrille, ébloui et leurré par les flamboyantes et glorieuses Eighties dont les Golden B oys ne sont pourtant plus que cernes et traitements sous anxiolytiques.

Loin, très loin la mine californienne toutes saisons confondues.

Les armes sont déposées. L a révolte éteinte. Il reste la conscience et le regard glacé et désabusé qui constatent et mesurent les dégâts d’un système crasse et autophage.

On est plus loin que le désespoir, c’est la fin des espoirs. Même plus de larmes. Fous-moi la paix et laisse-moi dormir. Je ne veux plus parler. D’ailleurs le post-rock ne parle pas beaucoup.
Si, tout aussi désabusée, je questionne souvent l’état du monde, je n’ai jamais réécouté « Lift Your Skinny Fists L ike Antennas To Heaven » de Godspeed You ! Black Emperor, cet album qui me donna proprement l’envie de me défenestrer.

Première expérience post-rock traumatique et mouvance musicale soigneusement contournée depuis…

C’est à reculons que je m’approche donc de ce papier assigné, de H rsta et plus largement de Constellation Records.
Non que je tienne tant que ça à ma vie, mais du moins à un certain équilibre émotionnel, même précaire…

Et pour lever tout suspense éventuel: ceci n’est pas un papier post-mortem et la rencontre avec Hrsta a été plutôt sereine.

Le label Constellation, c’est L e prolifique bastion montréalais qui compte dans son artillerie les têtes chercheuses de cette rencontre, entre musique expérimentale, krautrock, rock alternatif, jazz et musique électronique, qui aboutit le plus souvent à ces plages musicales quasi exclusivement instrumentales: Godspeed évidemment, A Silver Mt Zion, Hanged Up ou encore Hrsta.

Constellation Records c’est une grande partouze musicale où les projets se forment et où les musiciens s’y échangent et s’y mélangent.

Sans pouvoir détailler ici les multiples collaborations et le tournus des musiciens qui collaborent aux trois albums en date (le dernier « Ghosts Will Come And Kiss O ur E yes » paraît fin 2007 avec B rooke Crouser (orgues et effets) en partenaire d’écriture), on retiendra que Hrsta se forme en 2000 sous l’impulsion de son leader Mike Moya qui joue également avec Godspeed, Molasses, Set Fire To Flames ou encore au sein de l’Elizabeth Anka Vajagic’s Band.

La tentation d’un rapprochement entre ces différentes formations est grande et au fond plutôt évidente, même si c’est dans un soulagement non dissimulé que je discerne rapidement ce qui distingue Hrsta de ces autres collaborations.

Là, Mike Moya y chante, voix androgyne, lointaine et diffuse accompagnée de guitares plus sèches qu’électriques.

Les envolées sur-orchestrées et les nappes électriques pressurisées qui aspirent l’air et l’espace font place à une instrumentation délétère, plus retenue et dosée dans une alternance épurée d’harmonium, de guitares et de voix.

Psychédélisme noir, rock folk ou space rock qui rappelle parfois Mazzy Star la voie est ici ouverte sur une frontière où l’on distingue encore un peu de lumière, et la voix ouvre sur des espaces larges, libérés. Je respire, mélancolique: merci…

Mon grand voyage n’est donc pas agendé pour tout de suite. Le pont Bessières peut s’endormir tranquille. Je n’enjamberai pas sa barrière ce soir, à l’aide ou non d’un escabeau.