Folk, Blues, Dépouillement et Meurtrissures





Emil y Jane White écrit des complaintes au charme sombre, portées par sa voix feutrée et pénétrante, qui dévore le silence. Seulement orné d’une guitare, son chant grave dégage une sensualité magnétique, parfois à la limite de l’incantation. Son répertoire intimiste trouve sa source dans son histoire personnelle, mais également dans la détermination fébrile des histoires d’amour, de monstres et de […]

Emil y Jane White écrit des complaintes au charme sombre, portées par sa voix feutrée et pénétrante, qui dévore le silence. Seulement orné d’une guitare, son chant grave dégage une sensualité magnétique, parfois à la limite de l’incantation. Son répertoire intimiste trouve sa source dans son histoire personnelle, mais également dans la détermination fébrile des histoires d’amour, de monstres et de meurtres. Des textes qui peuvent se lire et se relire comme un recueil d’énigmatiques nouvelles. Afin d’en apprendre un peu plus sur cette chanteuse américaine de 27 ans, voilà les réponses à quelques questions qui lui ont été posées dans diverses interviews:

Comment qualifieriez-vous votre musique ?
Je joue de la musique folk alors oui, je pense être de cette famille. J’ai changé souvent, je suis passée du punk-métal, avec mon premier groupe, à un rock-country. Maintenant, j’utilise peu de phrases par chanson, parce que j’aime le côté lancinant de la répétition. Et les arrangements légers : le silence est parfois aussi important que la musique.

Est-ce que le petit jeu des comparaisons vous trouble ? Car on ramène immanquablement votre travail, depuis vos débuts, à Nick Drake, Joni Mitchell et surtout à Cat Power. Revendiquez-vous cette influence ?
Oui, j’admire Cat Power. C’est en l’écoutant que j’ai trouvé ma voix, réalisé qu’en chantant plus avec ma gorge je pouvais me retrouver dans un registre vocal plus naturel et intense.

Et Alela Diane ? est-ce que son avènement, peu de temps avant vous, vous a fait de l’ombre ?
Je crois plutôt qu’Alela a permis d’ouvrir des portes à plusieurs d’entre nous, en popularisant un certain dénuement musical.

Dans une interview lue sur Internet, on vous dit féministe. Quand avez-vous commencé à vous intéresser au féminisme ?
Quand je suis arrivée à l’université j’ai choisi de m’intéresser au « genre et à la condition féminine » (« women’s studies » et « gender studies »). J’ai un diplôme dans ces domaines. En tant que femme, en grandissant, j’ai ressenti des pressions et j’ai été confrontée au sexisme. L’adolescence est un moment où on questionne la sexualité. Je n’ai jamais accepté le fait que la femme soit culturellement et intrinsèquement considérée comme un object sexuel. Je pensais que c’était vraiment injuste. Mon point de vue a changé avec la temps. Je ne suis plus aussi intransigeante qu’autrefois en ce qui concerne le féminisme. Aujourd’hui je pense que tout le monde est désavantagé, les hommes aussi. Les gens d’un genre différent ont des difficultés différentes des gens qui s’identifient au genre féminin. Par ailleurs, je pense qu’il est important d’encourager les femmes à créer, à s’exprimer. Mes parents et mes proches m’ont encouragée quand j’étais enfant. Tout est arrivé très vite. Soutenir les femmes artistes est important. Je trouve important de faire entendre ma voix. Je trouve important que tout le monde fasse entendre sa voix.

Quel est pour vous un moment musical dans un film où les images et la musique collent parfaitement ?
La bande originale de « La Famille Tenenbaum » est excellente. Il y a de nombreux moments de ce genre. La scène où ils sont assis dans une tente à l’intérieur de la maison et on entend une chanson des Rolling Stones.

Votre chanson « W ild tigers I have known » est sur la bande originale d’un film de Cam Archer du même nom, produit par Gus Van Sant et sélectionné au festival de Sundance en 2006.
J’ai le désir d’écrire des chansons pour des films, j’ai de plus en plus envie d’aller dans cette direction. Wild Tigers I Have Known est un film sur l’isolation. C’est l’histoire du passage à l’âge adulte d’un jeune garçon qui lutte pour trouver son identité, un thème qui peut parler à beaucoup de monde.

Le film parle d’adolescents. Quel genre d’adolescente étiez-vous ? Saviez-vous que vous vouliez devenir musicienne ?

Je n’étais pas très sûre de moi. Par exemple je n’aurais jamais pu imaginer devenir musicienne ou sortir un disque. J’ai eu une enfance baba cool, paumée dans la campagne de San Francisco, favorisant la solitude et le recueillement. Mes années d’adolescence ne furent pas agréables.

La chanson « Dark undercoat » raconte une histoire à la manière de Johnny Cash… ?

Toutes mes chansons sont très différentes. Les trames narratives et les sentiments sont différents. « Dark undercoat » parlait d’une relation amoureuse. J’ai choisi un groupe de personnages pour la chanson. J’utilise souvent des groupes de personnages pour recréer une situation vécue.

Dans « Hole in the Middle », vous dites « tout le monde a une petite discussion avec le diable », vous parlez de poupées vaudous, croyez-vous en des forces surnaturelles ?

Oui. Ce ne sont pas des choses auxquelles je pense tout le temps mais il m’arrive de penser à ces autres forces. Je crois aux esprits et aux choses virtuelles.

Avez-vous essayé les poupées vaudous sur votre ex ?

Non (rires). C’était plus une métaphore en réalité.

Comment occupez-vous votre temps pendant que vous voyagez durant vos tournées ?

Je lis beaucoup, je dors beaucoup quand je voyage en train mais parfois je dois conduire, donc je ne peux pas lire. J’écoute de la musique. En ce moment, j’écoute l’album « Time (the revelator) » de Gillian Welsh, une chanteuse country américaine.

Quel est le meilleur moment / le meilleur endroit pour écouter de la musique ?
Personnellement, quand je roule seule en voiture.

Aimez-vous jouer des reprises ?
Oui aussi, quand j’étais dans un groupe, avant de commencer à jouer en solo, je jouais des reprises de Grahm Parsons.

Quel disque vous met de bonne humeur quand vous l’écoutez ?
N’importe quel disque des Supremes.

Qui écoutez-vous quand vous êtes triste ?
Elliott Smith.

Qui est votre monstre préféré ?
« La créature du lagon bleu ». C’est un très vieux film. Le monstre est incroyable. A un moment une femme crie comme si elle était sans défense, alors qu’elle pourrait facilement se sauver. Ce n’est vraiment pas un monstre féroce.

Pourriez-vous donner un exemple de personnage imaginaire que vous aimez ?
Je vais essayer de trouver… Depuis que je suis enfant, j’ai toujours aimé le film « Mermaid », avec Winona Ryder et Cher, même si on considère que c’est un mauvais film. Ce n’est pas un film d’art et d’essai, ni d’avant garde, mais je l’aime depuis des années. Le personnage joué par Winona Ryder me touche. C’est l’histoire du passage à l’âge adulte d’une jeune femme. « Edward Scissorhands » également. J’ai vu ce film de nombreuses fois et je l’ai toujours aimé. Je me sens proche des personnages.

Dans une de vos chansons, vous écrivez sur Bessie Smith, une muse maudite, que vous inspire-t-elle ?
Elle m’inspire beaucoup. C’est un personnage d’une présence intense, au destin tragique et fascinant.

Qui est votre superhéros préféré, humain ou imaginaire ?
Nick Cave.

Si vous pouviez vivre une journée dans le corps de quelqu’un d’autre, qui choisiriez-vous ?
Voyons… Georges Bush… pour voir le monde par ses yeux. Ce serait effrayant et traumatisant. Il est sûr que je ne serai plus la même personne après cette expérience.