Feuille d’Erable sans sirop…





Tout habitant du vieux continent, pris en étau dans un cirque de montagne ou dans un ancien centre urbain étriqué et surpeuplé se surprend parfois à rêver de vastes contrées inhabitées et d’un horizon si lointain et si étiré que l’air et la terre se confondent. [bla, bla, bla…] Et c’est probablement les contours d’un […]

Tout habitant du vieux continent, pris en étau dans un cirque de montagne ou dans un ancien centre urbain étriqué et surpeuplé se surprend parfois à rêver de vastes contrées inhabitées et d’un horizon si lointain et si étiré que l’air et la terre se confondent. [bla, bla, bla…]

Et c’est probablement les contours d’un Canada « Connaissance Du Monde » [mais oui, vous vous souvenez de ces ciné-conférences néo-colonialistes auxquelles étaient conviés les écoliers, substitut parfait à la chimique Ritalin.] que trace notre bon vieil imaginaire collectif.

Ce qu’il y a de « bien » avec les idées et les images préconçues ou fortement déterminées, c’est qu’elles s’adaptent à nos besoins sans qu’il paraisse indispensable d’en questionner le réalisme…

Encore mieux : l’intervention indésirable d’un esprit tordu qui [oui alimente une pas très saine tendance à la négativité] casse ces mêmes idées et images.

C’est là, ici et maintenant : c’est mode destruction.

Jason Collett naît à Bramalea dans la province de l’Ontario au Canada.

De là où vous êtes, dans votre potentiel asphyxiant trois pièces sans vue, avec un vis à vis si proche qu’il vous permet de distinguer les fissures dans le mur de l’immeuble qui vous fait face, vous le voyez le petit Jason, gambader dans une érablière, entre un orignal et un caribou, en arrière plan la cheminée d’une cabane à sucre rejetant de paisibles volutes de fumée.

Un environnement qui laisse la place au vagabondage du corps et de l’esprit et qui offre un terreau fertile au jeune garçon pour développer ses aspirations futures de songwriter.

Ben voyons… L’Ontario. Si on y extrait effectivement du sirop d’Erable et qu’on y trouve sans doute de vastes étendues où faune et flore s’épanouissent, l’Ontario c’est surtout la province la plus peuplée du Canada avec plus de douze millions d’habitants (à peu de chose près le tiers de la population nationale).

En Ontario, il y a Toronto aussi, première ville nationale et ses deux millions et demi d’habitants.

Et Bramalea? Et bien une ville de la banlieue suburbaine de Toronto où Jason Collett – plus rat des villes que des champs – épanche l’ennui suburbain et préadolescent en griffonnant précocement des textes de chansons tout en s’instruisant de Bob Dylan, Kris Kristofferson et Nick Lowe…

Il est vrai qu’on évite difficilement l’image d’épinal version cabane au Canada quand on apprend qu’une fois l’âge adulte atteint, Jason gagne sa vie en tant que menuisier et charpentier, tout en s’impliquant parallèlement sur la scène musicale torontoise.

Chemise carreaulée et guitare en main, Collett s’illustre d’abord dans Bird, formation Alt-country éphémère dont il reste « Chrome Reflection » paru en 2000. On le retrouve ensuite dans le groupe indie-rock Radio Mondays avant qu’il ne rejoigne Broken Social Scene (BSS) de 2002 (après la parution de l’album « You Forgot In People ») à 2005.

En plus de lui permettre de s’inscrire dans l’une des formations phares du Rock indépendant canadien, grâce à Broken Social Scene, Jason Collett peut pour la première fois remiser ses outils de charpentier et ne vivre que de son art.

Il rentre aussi de facto dans la famille Arts & Crafts (label de BSS, Stars, Feist, Metric).

Et ça, c’est quand même un peu le truc de la scène indé. Canadienne. La grande famille des labels où, dans une émulation communautaire, collective et intra-familiale, les artistes se mélangent, s’échangent et se soutiennent dans leurs projets respectifs (pour n’en citer qu’un : Constellation Records, pendant Montréalais des formations croisées et hybrides).

De cette logique « familiale » paraît en 2005 sur Arts & Crafts son troisième album solo « Idols Of Exile ». Et toujours selon cette même logique s’y retrouve pêle-mêle Kevin Drew et Brendan Canning (leaders-fondateurs de BSS), Feist ainsi que les membres de Stars et de Metric (également membres de BSS).

Les backing bands se composent et se recomposent au gré des albums et des tournées qui suivent jusqu’à ce jour (The Dark Horse, Zeus, le clavier de Sloan).

En mars 2010 paraît « Rat a Tat Tat », cinquième parution solo qui poursuit cette fusion Rock, Country et Folk.

Le titre « High summer » renvoie Lennon et les Beatles, « Lake Superior » s’engage sur une conduite électrifiée, « Love Is A Dirty Word » rappelle l’affection du singer-songwriter pour Dylan, alors qu’un titre comme « Rave On Sad Songs » fraie avec la ballade Folk.

A l’occasion de cette date au Bourg sans oreilles de porc au sirop d’érable (Big Up I. !), Jason Collett prendra seul et sans backing band le chemin de la scène pour présenter « Pony Tricks », paru sur Arts & Crafts en octobre dernier. Sélection de son répertoire auxquels s’ajoutent deux inédits, le tout interprétés en acoustique, simplement de sa voix et de sa guitare. Sur « Pony Tricks », album sombre et intimiste, la mémoire de Vic Chesnutt et d’Elliott Smith [rip] est prégnante.

Jason Collett sera supporté par les Français de Saïbu en première partie, groupe mené par Victor Pavy dont Leonard Cohen, Neil Young ou encore Jason Pierce (Spiritualized) guide l’inspiration d’une musique à la croisée du Rock et du Folk. Last but not least, l’occasion aussi de retrouver Thomas Granjean aka Big Pants sur notre scène puisqu’il tient la basse au sein de Saïbu.


www.myspace.com/jasoncollett

www.myspace.com/saibu