Elysian Fields

01 SEPTEMBRE 2009



Sombre, mélancolique et hypnotique, Elysian Fields évoque sa vie après la mort le temps d’une date unique en Suisse romande, le 9 septembre au Bourg. Plutôt pas mort le duo new-yorkais qui après six albums et les trois ans de maturation de son dernier opus «The Afterlife» livre l’album de la constance. Au commencement il […]

Sombre, mélancolique et hypnotique, Elysian Fields évoque sa vie après la mort le temps d’une date unique en Suisse romande, le 9 septembre au Bourg. Plutôt pas mort le duo new-yorkais qui après six albums et les trois ans de maturation de son dernier opus «The Afterlife» livre l’album de la constance.

Au commencement il y a l’année 1990, New-York, Le Squalid Club dans East Houston et la quête d’une allumette.

Là où démarre une solide amitié entre Jennifer Charles (voix, instruments) et Oren Bloedow (guitariste et arrangeur multi-instrumentaliste) se dessine la fin inespérée de leurs tours de scène respectifs de reprises dans des clubs à moitié vide, véritable cour des miracles des ivrognes et âmes abandon-nées du downtown New-yorkais.

En 1995, ils forment Elysian Fields (ou en français les Champs Elysées), cet espace-temps de la mythologie grecque où séjournent, heureux et pour l’éternité, les justes, les héros et les poètes après leur mort. La formation Rock est classique (voix, batterie, cordes, cuivre, guitare) et le duo s’accompagne de James Genus qui joue également dans le Dave Douglas Sextet, et d’Ed Pastorini et de Ben Perowsky, tous deux membres des Spanish Fly et Barhopping. Si l’essence d’Elysian Fields réside dans le Jazz, un certain Rock marque les compositions du groupe. Un Rock dit noir qui se diffuse dans des ballades sombres, portées par le timbre chaud et acidulé de Jennifer Charles. «Bleed Your Cedar», leur premier opus sort sur le label Radioactive en 1996. Ce premier jet est salué par la critique et si le groupe suscite un enthousiasme quasi immédiat en Europe, l’accueil reste cependant tiède aux Etats-Unis. Steve Albini, figure du rock indépendant Us, produit le deuxième album du groupe. Un album qui ne sortira jamais. Il ne convient pas à Radioactive qui exige une réorientation à laquelle Elysian Fields ne se courbera pas. Le refus du compromis scelle la rupture avec la maison de production.

«Queen of Meadow» paraît en 2000 sur Jet Set Records. La diffusion est cette fois plus large aux Etats-Unis, mais reste toujours plus timide qu’en Europe, terre d’accueil et de reconnaissance des deux New-Yorkais. 2001 marque les débuts de nombreuses collaborations avec John Zorn, sur son label Tzadik. Oren Bloedow et Jennifer Charles participent dès lors à des albums hommage à Serge Gainsbourg ou encore à Marc Bolan, collaborent avec Sasha Argov ou Ben Perowsky, mais le duo y développe surtout le projet parallèle à Elysian Fields: La Mar Enfortuna…

Explorant les richesses du patrimoine musical séfarade (répertoire étendu allant de la musique arabo-andalouse, en pas-sant par la grecque et la turque), La Mar Enfortuna lui rend hommage en ne faisant jamais l’économie d’une réactualisation cohérente et harmonieuse par une rencon-tre avec le Rock, celui-là même de «Bleed Your Cedar», marqués par des basses profondes et des distorsions électriques, sans jamais trahir l’essence des compo-sitions originales. Parenthèse séfarade temporairement refermée, Elysian Fields retourne en studio et édite chez Pias en 2003 leur quatrième album «Dreams That Breathe Your Name» qui sera suivi en 2005 par «Bum Raps & Love Taps». L’univers musical du duo a toujours été sombre et les textes comme les inspirations poursuivent la même orientation. L’attrait et la fascination vont de la peinture de Goya à la plume d’Edgar Allan Poe pour ne citer que quelques une des références que l’on retrouve sur certains titres du groupe. En 2007, La Mar Enfortuna propose son deuxième album intitulé «Convivencia», désignant la cohabitation pacifique juive, islamique et catholique dans le sud de l’Espagne andalouse du 15e siècle. Chantées en judéo-espagnol, en hébreu ou en arabe, ces chansons sont revues par les arrangements inspirés d’Oren Blœdow ouvrant ainsi ce répertoire traditionnel non plus seulement au Rock, mais aussi au Jazz ou encore à la musique électronique. Retour de la face rock cette année avec la parution d’ «After Life», sixième opus, l’album de la constance. Fidèle à leur univers et ne reposant pas sur leurs acquis comme d’aucuns pourraient le penser, l’album est traversé par les genres. Celui du Jazz sur un titre comme «Turns On Me», de la Pop sur «Climbing My Dark hair» ou encore des sonorités argentines du Tango sur le morceau «Only for Tonight», sans jamais se perdre et en assurant l’identité forte qui marque depuis bientôt quinze ans leur parcours.

Laissez-vous emporter dans l’au-delà, vous n’y trouverez assurément aucun monstre ni autres Zombies, mais la grâce de créatures douces et bienveillantes diffusant un Rock profond et mélancolique, et si les bien-heureux sont bien disposés, peut-être une mélancolie séfarade.