Dennis Nyback : la bobine surprise





Parcours atypique que celui de Dennis Nyback qui, de simple projectionniste dans divers cinéma du Nord-Ouest des Etats-Unis, est devenu un professeur d’université respecté et internationalement reconnu pour ses programmations de films hors normes, aux intitulés fleuris: Ooh la la : A History of Lingerie, F@!k Mickey Mouse (aka compare to Disney), The Mormon Church explains […]

Parcours atypique que celui de Dennis Nyback qui, de simple projectionniste dans divers cinéma du Nord-Ouest des Etats-Unis, est devenu un professeur d’université respecté et internationalement reconnu pour ses programmations de films hors normes, aux intitulés fleuris: Ooh la la : A History of Lingerie, F@!k Mickey Mouse (aka compare to Disney), The Mormon Church explains it all for you, Jazz, Sex and War Cartoons, Bad Bugs Bunny, etc… Derrière ces titres sulfureux sont réunis avec brio des séries de films inclassables, dérangeants, anticonformistes et méconnus, qui ont notamment et pour d’obscures raisons, faits péter les durites des dirigeants de la Warner…

Dennis Nyback est un passionné. Né en 1953 dans l’Etat de Washington, ce projectionniste hyperactif devient un archiviste atypique en amassant une collection de plus de 6000 films 16 et 35mm. Nyback en a vu des films, des verts et des pas mûrs : après avoir été soupçonné de terrorisme lors de l’explosion d’un cinéma porno de Seattle dans lequel il travaillait, l’homme a même possédé un temps sa propre salle de cinéma, prenant dès ses débuts le soin d’enrober les films projetés de leurs attributs historiques: infos d’époque, courts métrages, publicités, tout est mis en œuvre pour plonger les spectateurs dans une expérience cinématographique totale.

Mais la location de ces films coûte cher. Il réalise alors que les droits de la plupart d’entre eux sont déjà tombés dans le domaine public et entreprend dès lors de les acheter, plutôt que de les louer. C’est ainsi qu’il démarre cette fabuleuse collection. A priori, rien de particulier ne lie ces films les uns aux autres, et les thématiques semblent aussi variées et nombreuses que les bâtisseurs de la tour de Babel. Mais à y regarder de plus près, on y décèle vite une propension à dénicher le film qui transgresse, le subversif, le document hors normes et oublié, qui éclaire un contexte historique précis du 20ème siècle.

En ce sens, Nyback, bien plus qu’un archiviste, est un historien qui propose une lecture très précise de l’histoire au travers du cinéma. Les programmes à thème qu’il présente, soigneusement construits, mettent en évidence les influences profondes des films qui les composent. Dennis Nyback ne se contente d’ailleurs pas de projeter : il accompagne comme par le passé la projection des meilleurs attributs qu’il puisse trouver. Comme le ferait un réalisateur de fiction et tel qu’il le dit finalement lui-même : « I always try to make all my shows entertaining, educational and 90 minutes » (et toc).

Dennis Nyback n’est pas étranger à Lausanne puisqu’il est déjà venu, ses bobines de films d’animation hallucinants sous le bras, dans le cadre du Lausanne Underground Film Festival en 2008. C’est donc en terrain connu et conquis que notre homme vient présenter un nouveau programme ce 22 mars au Bourg , The Effect of Dada and Surrealism on Hollywood Movies of the 1930’s, qui met en lumière un aspect méconnu du cinéma de cette époque.

Je vous entends déjà rouspéter que Dada avait déjà sombré dans ses querelles intestines au milieu des années 20 ! Certes, répondrais-je, mais l’onde de choc qu’il a provoquée frappe alors les grands écrans du cinéma populaire. Les Marx Brothers notamment en usent et en abusent par le biais d’une démarche humoristique et absurde. Au travers de ces films, on comprend alors combien le dadaïsme influençait encore l’esprit de l’époque en étant plus qu’un mouvement artistique, mais une véritable réponse politique anti-militariste à l’absurdité nationaliste de l’avant deuxième guerre mondiale. Le Surréalisme, très en vogue, imprégnait lui aussi nombre de films classiques produits par la Paramount ou Warner Bros, laissant transparaître un cinéma hollywoodien autrement plus délirant sous le vernis du conformisme bien-pensant des années 30.

Dennis Nyback propose donc un échantillon d’extraits commentés :

THE BIG BROADCAST (Paramount 1932)

INTERNATIONAL HOUSE (Paramount 1933)

DAMES (Warner Brothers 1934)

MONTE CARLO (Paramount 1930)

EVERYTHING’S RHYTHM (Gaumont British 1937)

NEVER GIVE A SUCKER AN EVEN BREAK (Paramount 1941)

DAMES (Warner Brothers 1934)

DUCK SOUP (MGM 1933)

INTERNATIONAL HOUSE (Paramount 1933)

En voyant ces films, on imagine l’effroi des puritains bornés et autres culs-serrés nationalistes de l’entre-deux guerres, et alors on se dit que oui, que ceci est bien une pipe, et que les culs-serrés sont toujours bien en jambes dans nos petites contrées nombrilistes… Et alors on a le vague à l’âme et on rappelle Breton à notre bon souvenir : « Le témoin tient-il à passer pour un parfait imbécile ou cherche-t-il à se faire interner ? »

Et alors, pour l’éternité, Tzara de lui répondre: « Oui, je tiens à me faire passer pour un parfait imbécile et je ne cherche pas à m’échapper de l’asile dans lequel je passe ma vie. »

S.D.

www.dennisnybackfilms.com