DELIRES ET DES LETTRES, UN LIVRE TOUT SIMPLEMENT





Entretien avec Mani Jonclerc, pour «Le coeur lessivé » (blanchisseuse et prostituée) aux Editions La Praline. Le journaliste – Mani Jonclerc, Bonjour, vous venez de publier «Le coeur lessivé» (blanchisseuse et prostituée) aux éditions La Praline, une autobiographie rude et violente dans laquelle vous racontez le parcours difficile d’une femme de petite vertu forcée de […]

Entretien avec Mani Jonclerc, pour «Le coeur lessivé » (blanchisseuse et prostituée) aux Editions La Praline.

Le journaliste – Mani Jonclerc, Bonjour, vous venez de publier «Le coeur lessivé» (blanchisseuse et prostituée) aux éditions La Praline, une autobiographie rude et violente dans
laquelle vous racontez le parcours difficile d’une femme de petite vertu forcée de vendre son corps. Mais, dites-vous avec fierté, jamais son âme. Mani Jonclerc ?
Mani Jonclerc – J’ai quitté mon pays à l’âge de 20 ans.
– Très jeune, hein…
– Oui… avec mes 5 enfants.
– Alors très vite vous débarquez dans un très petit appartement dans lequel vous êtes un peu coincée avec…
– … 5 enfants.
– 5 personnes. Et pour prendre l’air, eh bien, vous sortez faire le repassage.
– C’est ça, j’adore repasser dehors. Et je repasse, et je repasse, quand soudain quelqu’un s’approche de moi. Un homme pas trop moche. Et il me dit: «C’est combien la pipe?»
– Alors certaines auraient pu être choquées, mais vous ça vous amuse.
– Moi, ça m’amuse, parce que, dans mon pays, rire c’est rigoler.
– Rire, c’est rigoler?
– C’est ça, c’est drôle de rigoler.
– Oui, oui…
– Alors j’accepte et je découvre un monde absolument dur, mais aussi passionnant, qui est celui de l’aventure du corps.
– L’aventure du corps dans laquelle vous allez passer près de 20 années de votre vie, comme cela est raconté dans ce court extrait de Mani Jonclerc, «Le coeur lessivé» (blanchisseuse et prostituée):
«J’ai passé vingt ans de ma vie à éponger les fêlures d’hommes en manque. Manque de sexe, bien sûr, mais ça n’était pas l’essentiel. Loin de là. Ils manquaient avant tout d’amour et de tendresse, ces hommes honteux dès que l’animal avait rendu sa glu comme on dit. Honteux d’avoir besoin de moi. Honteux de devoir payer pour recevoir un peu d’amour.»
– Oui.
– Très fort, très intense, Mani Jonclerc. Et en même temps, toujours, vous avez énormément d’humour et d’autodérision.
– Oui, c’est drôle de rire.
– Oui, oui…
– Et aussi, ce qui m’a tenu, c’est comme tu as dit, chouchou, très justement, je n’ai pas vendu mon âme, car un rêve m’a tenu tout au long de ces années.
– Ce rêve, lequel est-il, Mani Jonclerc?
– D’être et d’ouvrir une blanchisserie.
– Vous rêviez depuis petite fille d’être blanchisseuse?
– Depuis toute petite, je ne voulais pas être cosmonaute, je voulais être blanchisseuse.
– Pourquoi? Quand est né ce rêve de petite fille? Un film, un conte?
– J’adore nettoyer quand c’est sale.
– C’est un petit peu Cendrillon revisitée, Mani Jonclerc.
– Oui, c’est ça, oui. Et j’ai ouvert depuis une année ma boutique…
– Votre carrosse à vous.
– Oui… et qui n’est pas encore en train de devenir citrouille, hein !
(rire)
– Non, on espère bien que non, Mani Jonclerc…
– … Et j’ai ouvert mon carrosse qui s’appelle 5 à Sec.
– 5 à Sec, oui, c’est très… c’est très bien vu.
– Un hommage à un métier que je n’ai pas complètement quitté, mais que je fais maintenant à un pourcentage réduit.
– Vous faites partie de ces personnages haut en couleur qui prennent la vie à bras le corps, et qui passent des années durant dans le labeur et la souffrance…
– Oui, mais dans le but de faire… d’avoir son oeuvre. Eponger les cerises, n’étaient pas une fin en soi.
– C’est très beau, Mani Jonclerc. Je pense qu’on a donné un éclairage, peut-être choquant pour certains, mais en même temps gage d’espoir et de vie. Merci infiniment d’être venue ce matin pour nous parler.
– Mais je vous en prie, chouchou.
– C’était Mani Jonclerc, pour «Le coeur lessivé» (blanchisseuse et prostituée) aux Editions La Praline.
– Les bleus à l’âme, chouchou, conduisent au bleu du ciel.
– Merci, Mani Jonclerc. A bientôt et n’oubliez pas : Lire c’est vivre, mais vivre c’est mieux.

Tom et Rolf