DELIRES ET DES LETTRES





UN LIVRE TOUT SIMPLEMENT Entretien avec René Bartavelle, auteur de “Credo quia absurdum ” aux éditions de la Buret Le journaliste – René Bartavelle, bonjour, vous venez de publier « Credo quia absurdum » aux éditions de la Burette, un florilège constitué des meilleurs proverbes de tous les temps depuis l’an 1 de notre ère jusqu’à nos jours. René Bartavelle […]

UN LIVRE TOUT SIMPLEMENT

Entretien avec René Bartavelle, auteur de “Credo quia absurdum ” aux éditions de la Buret

Le journaliste

– René Bartavelle, bonjour, vous venez de publier « Credo quia absurdum » aux éditions de la Burette, un florilège constitué des meilleurs proverbes de tous les temps depuis l’an 1 de notre ère jusqu’à nos jours. René Bartavelle ?

René Bartavelle
– Vous savez, je suis un philosophe…
– Oui, ça se sent…
– Je suis un passeur de mot. Je me suis consacré à la langue. J’ai été paysagiste pendant 950 euh… Qu’est-ce que je dis ! Pendant 50 ans…
– 50 ans, c’est déjà pas mal.
– Oui, et au moment où j’ai pris ma retraite l’année passée, à 97 ans, j’ai décidé de recueillir tous les proverbes, toutes ces locutions, à la bibliothèque nationale de Cujeon.
– Cujeon, là où vous habitez, à-côté de Toulouse.
– … Où je suis né et probablement là où je vais mourir. J’ai une place à côté de ma femme au cimetière.
– « L’eau va à la rivière » comme vous dites dans votre livre.
– Absolument. Vous savez, j’ai passé toute ma vie sous le grand orme de Cujeon avec ma musette et mon bout de fromage. Et là, j’ai pensé à toutes ces choses très belles que me disait ma mère, ma grand-mère, ces choses qui sans moi seraient perdues.
– Je ne peux pas résister au plaisir de… j’ai picoré des proverbes à droite à gauche dans votre livre… René Bartavelle, « Credo quia absurdum », quelques extraits éparses pris au fil des pages : « Il faut chauffer sa place, tant que l’air est frais »
– Oui, c’est très joli.
– C’est très joli et c’est très vrai en même temps…
– Oui, oui.
– Euh… « A vieille mule, frein doré »
– Oui, ça c’est plus mystérieux.
– Ça répond un peu aussi à : « Crevette à cloche, crevette à soupe » C’est très actuel, encore de nos jours, hein ?
– C’est ça…
– « Crevette à cloche, crevette à soupe »… pour qu’on entende bien, parce que le sens ne se dégage pas forcément tout de suite.
– La crevette à l’époque dans mon village…
– A Cujeon.
– … A Cujeon… était donc une petite cuiller à dessert.
– Oui…
– Et c’est pour dire, pour l’époque, quand on voulait prendre le dessert on pouvait aussi utiliser la cuiller à soupe. C’est ça que j’ai voulu dire dans ce proverbe : Pourquoi acheter deux fois quand on a une fois ?
– C’est contre cette société consumériste. Un peu de la sagesse des anciens, si j’ose dire, René Bartavelle.
– C’est ça. Ce sont des proverbes simples. Dans un souci de langue.
– « Qui prêche à l’aveugle, apprend au sourd »
– Oui, absolument.
– Ça aussi, c’est très vrai. Et c’est très beau.
– Et une autre aussi que j’ai pas mis, mais que je me souviens maintenant, et que me disait ma tante…
– Mh mh…
– « A trop cracher dans la soupe, on finit par boire sa morve. »
– Oui, alors ça c’est plus…
– C’est plus politique.
– C’est plus envoyé, effectivement. Ça me fait penser à un de vos proverbes aussi : « A trop vouloir saler son plat, on sirote son bouillon »
– Oui, je crois, oui.
– Ça se rapproche de ça, c’est un peu…
– Ce sont, si vous voulez, des métaphores culinaires pour parler de la vie de tous les jours, et ça peut s’appliquer à un jeune couple, comme à des anciens. Y a un côté universel, multi-générationnel.
– J’espère que le message sera passé, René Bartavelle. En tout cas, c’est un livre que je conseille à tous nos auditeurs, parce que c’est vraiment euh… ben on peut picorer et on peut l’ouvrir, le lire longtemps, pas longtemps, enfin c’est très beau.
– Sans vouloir faire de fausse modestie, je l’achèterai moi-même.
– Et bien moi aussi, je l’achèterai moi-même, même si je l’ai reçu gratuitement. C’était René Bartavelle pour « Credo quia absurdum » aux éditions de la Burette. Merci et n’oubliez pas : Lire c’est vivre, mais vivre c’est mieux.