DE “THE SHIELD” À LAUTER…





Non, mais qu’est-ce que les séries télévisées ont fait de moi ? C’est quoi ce titre et c’est quoi ce lien improbable entre «The Shield», série policière sur fond de métal chicanos énervés et le songwriting de l’Alsacien Lauter sur fond d’influences Folk américaines et de Post Punk anglais ? Et bien, un lien, il y en a […]

Non, mais qu’est-ce que les séries télévisées ont fait de moi ?

C’est quoi ce titre et c’est quoi ce lien improbable entre «The Shield», série policière sur fond de métal chicanos énervés et le songwriting de l’Alsacien Lauter sur fond d’influences Folk américaines et de Post Punk anglais ? Et bien, un lien, il y en a au moins un dont je ne mesure pas encore très bien la gravité. En tout cas, il m’en dit suffisamment sur le potentiel colonisateur de la fiction sur son propre quotidien (certes en condition d’abus ou d’un vide existentiel certain).

J’ai découvert «The Shield» sur le tard, tellement sur le tard que c’était à la mi-septembre, suite à un arrêt maladie qui me sanctionnait d’une semaine de lit forcé pour un terrassant refroidissement. Merde, je vais faire quoi durant une semaine à l’horizontale ?

Entre le cabinet médical et mon lit, une vitrine, et dans la vitrine un coffret de «The Shield». J’ai longtemps boudé cette série, trop focalisée sur les magistrales «Soprano» et «The Wire», ne lui laissant aucune chance malgré de nombreuses incitations m’assurant que j’aimerais cette série mêlant corruption, manichéisme pulvérisé, brutalité sociale, le tout brodé sur la toile désespérée des dérives crasses des sociétés libérales.

Cette précision mise à part, comme pour toutes les séries, d’ailleurs bonnes ou mauvaises (j’avoue un peu plus honteusement que j’ai aussi enterré la première saison de Gossip Girls cette semaine-là, oups.), et surtout depuis leur accessibilité en DVD ou en téléchargement illégal, pour les profils sensibles aux addictions, y a un moment où c’est la spirale… Une spirale incontrôlable…
88 épisodes plus tard, consommés entre le 14 septembre et le 15 novembre, voilà où j’en suis, avec une maîtrise en investigation absurde.
Voilà comment l’enquête s’est déroulée (plus à la manière de Claudette et de Dutch que de la Strike Team de Vic Mackay) :
Le cas : Confirmation fin octobre de la programmation de Lauter aka Boris Kohlmayer au Bourg le mercredi 9 décembre.
Description : Folk rural et Rock urbain originaire d’Alsace.
Je réunis quelques indices : la discographie, quelques photos, quelques chroniques web… Ça ne donne rien, comme souvent… mais je m’accroche à une prise.

Lauter…mmh…une première piste conduit au comparatif de supériorité de l’adverbe «laut» qui veut dire «fort» ou «bruyant» en allemand, donc «lauter» = «plus fort » ou «plus bruyant».

Accompagné principalement sur scène depuis la formation de Lauter en 2005, par lui-même à la guitare, au banjo, au chant et parfois à l’harmonica, du batteur occasionnel Fabrice Kieffer et d’autres membres de la famille Herzfeld Record encore plus occasionnellement, bruyant n’est pas vraiment le premier qualificatif qui permet de saisir les contours de l’univers musical de Boris Kohlmeyer. Rencontre de l’acidité raide et glacée de Joy Division, des Cure du tout début des années huitante et de l’album Faith, autant que du Folk dépouillé lonesome cow-boy d’un Bonnie «Prince» Billy, l’atmosphère est à la fois mélancolique et froide, par moment distordue et stridente, mais jamais bruyante et encore moins «plus bruyante».

J’investigue plus loin la piste germanophone. «Lauter» c’est aussi un adjectif qui peut se traduire par «pur» ou «sincère». Parce que justement je ne néglige pas ces qualités chez Lauter, qui traduisent une prétention qui ne colle ni à la musique, ni à la démarche du songwriter, puisque les revendiquer trahiraient justement l’absence de ces qualités… Vous me suivez ? Sans écarter non plus le passif pour le moins délicat qui lie l’Alsace et l’Allemagne, ce dernier m’amène définitivement à abandonner la piste linguistique. Deux annexions, un première sous le deuxième Reich de 1871 à 1918 et rebelote sous le troisième Reich à peine la deuxième guerre mondiale déclarée. Même si beaucoup d’Alsaciens ne sont sûrement pas ou plus rancuniers de cette double page de l’Histoire, rien dans la musique de Lauter ne ramène à un référentiel culturel germanophile. Pas de Can ni de Kraftwerk dans son programme musical. Et en plus, Lauter écrit et chante en anglais…

Ma seule et deuxième piste s’étiole. Je suis dans le flou et dans les doutes, mais je ne lâche pas l’investigation. Détour par la page MySpace de l’artiste. Et qu’est-ce que je lis sous son profil : Lauter bien sûr, une indication sur la sortie de son double album «TheAge of Reason» paru conjointement en 2009 sur Herzfeld Record et Clapping Music, et les différentes localisations de l’artiste : Paris (où il s’est installé), Strasbourg (qui abrite Herzfeld Record) et, et, et : Lauterbourg. Là, je sens que je tiens quelque chose…

Lauterbourg… Je décide de googliser cette ville pour m’assurer qu’elle n’est pas simplement une fantaisie imaginaire de Lauter…

Je découvre que c’est une commune alsacienne frontalière de L’Allemagne, commune la plus orientale de France à la confluence du Rhin et de la…Lauter ! Rivière de classe A. d’un longueur de 39 km . Et là tout s’enchaîne très vite. Je vois défiler toute une série de photos : Boris Kohlmayer à proximité d’un cours d’eau, sortant de l’eau…

J’y suis ! Lauter : référence directe à la géographie d’origine de l’artiste éponyme et à un attachement suspecté à sa terre d’origine comme à la rivière qui la traverse !

Ce n’était pas simple pour moi et long pour vous. De mon côté, il a fallu garder confiance, ne pas se décourager des fausses routes…Bon vous me direz qu’au fond on s’en fout…Et bien oui, mais je réponds non, on ne s’en fout pas parce que :

1 – Si vous ne connaissiez pas « The Shield », et bien je vous ai offert de quoi combler les grands creux des courtes journées d’hiver qui peuvent être bien longues quand on aime ni le ski ni le froid, et qu’on ne peut même plus traîner dans les bistrots à fumer des cigarettes autour d’un Grog ou d’un vin chaud.
2 – Je vous tuyaute sur le dicible et l’indicible. Vous pouvez regarder «Gossip Girls», c’est divertissant, il y a des jolies tenues et de beaux gens, mais il ne faut pas trop s’en vanter (à l’adresse principalement des filles qui veulent éviter les quolibets trop faciles et contre lesquelles on veut plus perdre du temps à contredire de désespérants reproducteurs de stéréotypes sexistes).
3 – J’ai rafraîchi votre allemand par une petite leçon de vocabulaire.
4 – Vos cours d’Histoire ne vous avaient fait retenir qu’une annexion de l’Alsace et de la Lorraine, et bien maintenant vous savez pour les 10 prochaines années au moins (si votre mémoire tient la route) qu’il y en a eu deux.
5 – Vous ne connaissiez pas la géographie fluviale du Bas-Rhin, et bien vous en avez un aperçu. Si vous vouliez aller au marché de Noël de Strasbourg ou de Colmar et en revenir déçu, je vous dégage l’option Lauter, assurément plus typique de l’Alsace que ses marchés bidons qui sentent plus le business superflu que le pain d’épices et la cannelle.
6 – Et enfin c’est l’occasion de vous faire découvrir Lauter et son folk râpeux, sombre, abouti et intègre qui s’éloigne des nombreuses productions de la nouvelle scène Folk, trop souvent assiégée par des projets lisses et sans reliefs, portés par la fausse naïveté sirupeuse de chanteuses à l’attitude indigeste de femmes-enfants, comme tombées d’un nuage de sucre soufflé. Ecoeurant. Voilà c’est dit. Et même si les séries télévisées ça peut vraiment être bien, il n’y en a pas tant que ça et elles ne remplacent en aucun cas l’expérience de la découverte live d’une musique chaude comme la bise noire.