CHRONIQUES DE CUJEON





A la pointe de la modernité pour tout ce qui concerne le commerce et la télécommunication il est curieux de penser que Cujeon était encore, il y a moins de 100 ans, une contrée obscurantiste, pétrie de croyances extravagantes. J’en veux pour preuve la croyance encore très répandue dans le village qu’il existe une créature […]

A la pointe de la modernité pour tout ce qui concerne le commerce et la télécommunication il est curieux de penser que Cujeon était encore, il y a moins de 100 ans, une contrée obscurantiste, pétrie de croyances extravagantes. J’en veux pour preuve la croyance encore très répandue dans le village qu’il existe une créature du nom d’Armand.

Cette créature mi-cendrier, mi-bâton de ski est censée protéger le Cujennoux de toutes sortes de maladies et calamités. Facétieux et imprévisible, Armand apparaîtrait au Cujennoux en période de disette ou d’épidémie. Selon l’historien du village il est fait pour la première fois mention d’Armand dans le poème de Baptiste Mirochon « Elégie à l’arbre sans feuilles » ( 1532). Dans ce poème en prose qui narre l’amour tragique du poète pour la belle Cunégonde Ribadeau, l’espiègle Armand apparaît au narrateur sous les traits d’un Cacatoès pour guider le héros vers sa libération ( en substance ; le puits où il se noya… )

La dernière « apparition » d’Armand date de février 1916. Ce mois-là, nous dit le journaliste Emile Tournachon, terrassés par une grippe Cévenole des plus virulentes les Cujennoux n’eurent d’autres recours que de s’en remettre au savoir d’un vieux rebouteux nommé Vlatopek. Ce dernier préconisât dans le but de calmer « les dieux de la grippe » de laisser de nuit sa porte ouverte à Armand qui visiterait chaque chaumière enrhumée et y apporterait, on ne sait quoi au juste, mais dans tous les cas quelque chose de bénéfique…

La mort dans l’âme et la goutte au nez les Cujennoux s’exécutèrent…

Un mois passa, Armand n’avait toujours pas montré le bout de son bâton de ski. Sous l’effet des portes ouvertes (ou bleues) la grippe céda rapidement sa place à une épidémie de broncho-pneumonie et (comme une calamité n’arrive jamais seule) les pillards ne tardèrent pas à visiter les maisons Cujeonnes…

« Le Cujennoux a beau être malade il n’en est pas moins Cujennoux ! ». C’est enhardi par cette devise qu’un groupe de malades décida de s’improviser vigiles afin de protéger les masures des assauts nocturnes de ces maudits ladres.

Après un mois de rondes nocturnes, les vaillants justiciers interceptèrent une bande de pillards alors qu’ils s’apprêtaient à pénétrer dans la ferme de la veuve Calichot.

Au cours d’un interrogatoire musclé, ils découvrirent que le chef de la bande n’était autre que Casimir Blancpalais, ancien médecin interne de l’hôpital de Lucignac, limogé pour une ténébreuse affaire de poumon greffé sur un baril de lessive.

Les Cujennoux proposèrent un marché au praticien déchu; Sa liberté contre une cure efficace de la grippe Cévenole.

Casimir Blancpalais obtem-péra, il prescrit à tous les villageois une cure de « porteferméequandyfaitfroid ». Le résultat fut prodigieux : en 2 semaines les paisibles habitants de Cujeon furent remis sur pied et, miracle corollaire, les pillages s’arrêtèrent comme par enchantement.

Et Armand dans tout ça ? Certains anciens l’attendent toujours. On raconte qu’il vit aux Maldives sous un faux nom…